Une 4e personne interrogée

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Des agents de la GRC ont perquisitionné la résidence de Khurram Syed Sher à London, en Ontario. Des agents de la GRC ont perquisitionné la résidence de Khurram Syed Sher à London, en Ontario.   © PC/Dave Chidley

À Ottawa, le procureur de la Couronne David McKercher a confirmé vendredi qu'une quatrième personne avait été arrêtée et interrogée relativement au présumé complot terroriste que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dit avoir éventé jeudi.

La Couronne confirme qu'une quatrième personne liée à l'enquête sur un présumé complot terroriste a été arrêtée et interrogée, mais n'a pas été accusée de quoi que ce soit. Le troisième inculpé, le Québécois Khurram Syed Sher, a comparu à Ottawa.

Selon Me McKercher, cette personne liée à l'enquête était actuellement détenue par la police, mais n'avait pas été accusée de quoi que ce soit. La Couronne tentait d'obtenir qu'il soit détenu au-delà de 24 heures en vertu de la Loi antiterroriste.

Le procureur a précisé que s'il devait être accusé, il comparaîtrait samedi. La GRC doit faire le point sur son enquête samedi après-midi.

Comparution du troisième suspect

Les propos de Mme McKercher ont été tenus peu après que le troisième suspect dans cette affaire, Khurram Syed Sher, un médecin de 28 ans, résidant à London, en Ontario, eut comparu vendredi matin au palais de justice d'Ottawa.

Sher, qui résidait jusqu'à tout récemment à Brossard, sur la Rive-Sud de Montréal, a été accusé de complot en vue de faciliter un acte terroriste, au même titre que les deux premiers inculpés dans cette affaire.

Deux résidents du quartier de Bayshore, à Ottawa, Mohammad Alizadeh, 30 ans, et Misbahuddin Ahmed, un technicien en radiographie de 26 ans, avaient été accusés mercredi relativement à cette affaire.

Les trois hommes doivent comparaître à nouveau par vidéoconférence mercredi.

La GRC affirme qu'Alizadeh, Ahmed et Sher étaient « en possession de schémas, de vidéos, de dessins, d'instructions, de manuels et de composants électroniques conçus spécialement pour la fabrication d'engins explosifs artisanaux ».

Alizadeh, soupçonné d'être le chef du réseau, aurait aussi reçu une formation sur la fabrication d'engins électriques et explosifs. Les enquêteurs ont saisi plus de 50 cartes de circuits imprimés électroniques conçues spécialement pour faire détoner à distance des engins explosifs artisanaux.

La GRC dit avoir agi cette semaine pour empêcher les suspects de fournir du soutien financier à des « homologues terroristes » pour l'achat d'armes qui auraient pu servir contre les forces de l'OTAN déployées en Afghanistan. La police fédérale affirme que leur complot en était au stade de la planification.

Vendredi, lors d'un point de presse, le premier ministre Stephen Harper s'est fait un devoir de rappeler que les communautés musulmanes du pays ne doivent surtout pas être stigmatisées. Il a tenu à préciser que « ce ne sont pas des arrestations contre une communauté, ce sont des arrestations contre des individus ».

Quelles cibles? Quels motifs?

Lors de son point de presse, jeudi, la GRC n'a pas voulu révéler les cibles des présumés terroristes. Elle s'est contentée de dire qu'Alizadeh, Ahmed et Sher posaient « une menace réelle et grave pour les citoyens de la région de la capitale nationale et pour la sécurité nationale du Canada ». Les détails, a ajouté la police fédérale, seront dévoilés lors du procès.

Misbahuddin Ahmed, à gauche, et Hiva Alizadeh, ont comparu jeudi matin à Ottawa Misbahuddin Ahmed, à gauche, et Hiva Alizadeh, ont comparu jeudi matin à Ottawa   © Sarah Wallace, CBC

Selon des sources des services de sécurité consultées par CBC, les trois présumés terroristes auraient discuté de la possibilité de s'attaquer à des immeubles fédéraux et à des réseaux de transport public. Une source soutient que le Parlement canadien était notamment dans la ligne de mire.

La GRC n'a pas davantage dévoilé quelles auraient été les motivations des trois hommes. Les enquêteurs ont dit avoir des motifs de croire qu'ils « font partie d'un groupe terroriste local opérant au Canada » et qu'Alizadeh était membre d'un « groupe terroriste lié au conflit en Afghanistan ».

La police fédérale croit que leurs opérations avaient des ramifications dans plusieurs pays musulmans, dont l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran et Dubaï. Elle soutient qu'ils avaient plusieurs complices, dont trois ont été identifiés : James Lara, Rizgar Alizadeh et Zakaria Mamosta. Reuters affirme que ces trois hommes ont quitté le pays.

Les accusations, selon la GRC
    • Hiva Mohammad Alizadeh, Misbahuddin Ahmed et Khurram Syed Sher, entre le 1er février 2008 et le 24 août 2010, ont comploté avec James Lara, Rizgar Alizadeh et Zakaria Mamosta, et une ou des personnes inconnues, dans la ville d'Ottawa, ou près de cette ville, dans la province de l'Ontario, et ailleurs au Canada, et en Iran, en Afghanistan, à Dubaï et au Pakistan, en vue de commettre un acte criminel, à savoir : sciemment facilité une activité terroriste, en contravention à l'art. 83.19 du Code criminel, commettant ainsi une infraction en contravention à l'al. 465(1)c) du Code criminel;
    • Hiva Mohammad Alizadeh a illégalement, entre le 1er septembre 2009 et le 24 août 2010, dans la ville d'Ottawa, dans la province de l'Ontario, commis un acte criminel, à savoir : fabriqué ou eu en sa possession une substance explosive avec l'intention par là de mettre la vie en danger ou de causer des dommages graves à des biens, ou de permettre à une autre personne d'agir ainsi, en contravention à l'al. 81(1)d) du Code criminel, au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste, ou en association avec lui, commettant ainsi une infraction en contravention à l'art. 83.2 du Code criminel;
    • Hiva Mohammad Alizadeh a illégalement, entre le 1er septembre 2009 et le 24 août 2010, dans la ville d'Ottawa, dans la province de l'Ontario, et ailleurs au Canada, directement ou non, réuni des biens ou fourni - ou invité une autre personne à le faire - ou rendu disponibles des biens ou des services financiers, en sachant qu'ils seront utilisés -, en tout ou en partie, par un groupe terroriste ou qu'ils profiteront à celui-ci, commettant ainsi une infraction en contravention à l'art. 83.03 du Code criminel.

Le parcours singulier de Khurram Sher

Les trois personnes arrêtées sont des citoyens canadiens. Mohammad Alizadeh, un musulman sunnite né en Iran, a notamment vécu au Manitoba avant de s'installer à Ottawa, tandis que Misbahuddin Ahmed, un technicien en radiographie, a vécu à Montréal jusqu'en 2008 avant de s'installer à Ottawa.

Khurram Sher, lors des auditions pour l'émission Canadian Idol en 2006. Khurram Sher, lors des auditions pour l'émission Canadian Idol en 2006.

Khurram Sher est quant à lui né dans la région de Montréal. Il a grandi à Brossard, ville où il vivait encore cet été, avant de faire des études de médecine à l'Université McGill. Il venait de déménager à London après avoir accepté un poste de pathologiste à l'hôpital de St. Thomas.

Des voisins de l'homme ont vanté jeudi ses qualités humaines. Il a notamment été révélé qu'il s'était envolé pour le Cachemire pakistanais en 2006, pour aider les sinistrés du grave tremblement de terre qui venait de secouer le territoire.

Sher, qui est marié et qui a trois enfants, était aussi actif au sein d'une organisation caritative musulmane, la Fondation RS, mise sur pied pour venir en aide aux enfants de l'Asie du Sud-Est.

L'homme avait participé aux auditions pour la populaire émission Canadian Idol en 2008. Il avait effectué le célèbre « moonwalk » de Michael Jackson et interprété une chanson de la chanteuse canadienne Avril Lavigne. Il avait menti en déclarant être arrivé au Pakistan en 2005.

Khurram Sher était également un passionné de hockey cosom, actif au sein d'équipes musulmanes de Montréal. Selon le Globe and Mail, il aurait d'ailleurs joué au sein de la même équipe que M. Ahmed en 2008.

Au Centre islamique communautaire de Brossard, où Sher venait prier, l'imam Foudil Selmoune s'est dit consterné par l'arrestation de Sher. « C'était un frère magnifique, sociable même, il aide à faire des activités à notre centre. Par exemple, on faisait la collecte de la nourriture pour les gens qui ont besoin d'aide. »