Ottawa ne bronche pas

Les résultats du recensement 2002 sont dévoilés aux journalistes à Ottawa.   © PC/Fred Chartrand

Tandis que les partis d'opposition continuent de critiquer l'abolition du questionnaire long obligatoire de recensement, le ministre Tony Clement, dont relève Statistique Canada, indique qu'il ne reviendra pas sur sa décision.

Le tollé suscité par l'abolition du questionnaire long obligatoire de recensement n'infléchira pas la décision du gouvernement Harper, a indiqué jeudi le ministre Tony Clement, dont relève Statistique Canada, sur les ondes de CBC.

Le choix du gouvernement constitue un « compromis » entre les préocupations relatives à la vie privée et l'assurance d'obtenir des données utilisables lors du prochain recensement, en mai 2011, a-t-il argué.

« Sur cette question, il n'y a pas un micron de différence entre mon opinion et celle du premier ministre », a-t-il dit en entrevue.

S'il a admis lui-même ne pas considérer lui-même comme intrusives les questions du formulaire long, il a affirmé que plusieurs Canadiens y voyaient une entrave à leur vie privée, répétant ainsi la position martelée par le gouvernement Harper depuis le début de la controverse.

« Certains Canadiens m'ont dit qu'ils sont très soucieux du fait qu'on leur demande si quelqu'un de leur maisonnée a un handicap physique ou mental; ils sont soucieux du fait qu'on leur demande quel moyen de transport ils utilisent pour se rendre au travail », a-t-il affirmé.

M. Clement soutient qu'il remplira le questionnaire long s'il le reçoit, mais il dit vouloir respecter les Canadiens qui sont préoccupés « par la nature très intime de ces questions » et « leur donner la chance de ne pas répondre s'ils ne le veulent pas ».

L'annonce du retrait du long formulaire obligatoire de recensement, il y a trois semaines, a depuis provoqué une levée de boucliers dans le monde universitaire et politique.

Opposé à cette décision, le directeur de Statistique Canada, Munir Sheikh, a démissionné mercredi.

Feu nourri de critiques

Le chef libéral Michael Ignatieff réagit à la démission du chef de Statistique Canada.

Les critiques formulées par les partis d'opposition ont par ailleurs continué de fuser.

Le chef libéral Michael Ignatieff juge le comportement du gouvernement conservateur « inacceptable » et critique son manque de confiance envers ses propres institutions.

« Ce qui est inacceptable, c'est de suggérer qu'une institution indépendante fédérale va endommager la liberté privée des individus. Statistique Canada, au contraire, a une réputation mondiale pour protéger l'information personnelle des individus. Il n'y a aucun risque du côté des libertés individuelles. C'est un manque de confiance du gouvernement envers une institution fédérale, et je trouve ça inacceptable », a-t-il soutenu, jeudi matin, en Mauricie, dans le cadre de sa tournée du Québec.

Selon le chef libéral, la décision des conservateurs n'est qu'idéologique. « On va fermer Environnement Canada parce qu'ils n'aiment pas la météo? C'est ça la prochaine étape? », a ironisé M. Ignatieff.

« Il faut un recensement détaillé pour qu'on ait un gouvernement qui a l'information nécessaire pour gérer le pays. C'est aussi simple que ça », a-t-il affirmé. « Il faut qu'il fasse marche arrière, et nous, comme parti d'opposition, nous allons maintenir la pression », a ajouté M. Ignatieff.

Le leader parlementaire du Parti libéral, Ralph Goodale, a de son côté affirmé que le gouvernement conservateur « ne croit tout simplement pas à une prise de décision basée sur des faits ». Il entend d'ailleurs convoquer le ministre Clement afin qu'il vienne s'expliquer devant un comité parlementaire et qu'il révèle quelles informations lui avait transmises Statistique Canada avant qu'il ne prenne sa décision.

Selon lui, les changements menaceront les services de base fournis aux Canadiens, comme les soins de santé, les transports en commun, les avantages sociaux des sans-emploi et l'éducation.

Les réactions de Mario Laframboise du BQ et d'Yvon Godin du NPD

De son côté, le député bloquiste Mario Laframboise a également critiqué la décision du gouvernement Harper et a affirmé que son parti était en faveur du formulaire long obligatoire. Il a rappelé que le directeur démissionnaire de Statistique Canada avait expliqué qu'un questionnaire volontaire ne pouvait pas remplacer le formulaire obligatoire.

M. Laframboise soutient qu'il s'agit d'une décision motivée par l'idéologie conservatrice et que l'objectif du gouvernement est donc de recueillir le moins de renseignements possible afin de pouvoir remettre en cause les études de Statistique Canada.

Un discours emprunté à la droite américaine

Même son de cloche du côté du député néo-démocrate Charlie Angus, qui a tracé un parallèle entre la décision du gouvernement Harper et l'idéologie en vogue dans les mouvements conservateurs, voire libertariens, aux États-Unis. Pour s'attaquer à une institution crédible, les conservateurs importent le langage antirecensement employé par les républicains et le mouvement du Tea Party, a-t-il argué.

M. Angus a estimé que les conservateurs n'étaient à l'écoute de personne au Canada et a remis en question les affirmations des conservateurs Pierre Poilievre et Maxime Bernier, qui ont soutenu avoir reçu des centaines de lettres de plainte de citoyens. « Ce n'est pas ce que j'ai entendu lors de mes visites au Tim Hortons », a ironisé Charlie Angus.

Le député du NPD a martelé que le gouvernement Harper n'avait pris cette décision que pour satisfaire « une certaine base électorale ».