Les choix de Tony Clement

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne et Le Devoir
Tony Clement répond aux questions des journalistes à sa sortie des Communes jeudi. Tony Clement répond aux questions des journalistes à sa sortie des Communes jeudi.   © PC/Adrian Wyld

Les évènements culturels qui recevront des fonds du Programme des manifestations touristiques (PMTR) mis sur pied par le gouvernement Harper doivent leur sélection à un seul homme : le ministre de l'Industrie, Tony Clement.

Patrimoine Canada a soumis une liste de 88 évènements admissibles à des subventions fédérales au ministre Clement. C'est ce dernier qui a déterminé seul les 47 évènements retenus, en fonction d'un critère d'équité régionale, jamais évoqué jusqu'alors.

C'est ce qu'a expliqué le sous-ministre d'Industrie Canada, Richard Dicerni, jeudi, devant les députés membres du Comité du patrimoine.

M. Dicerni a aussi expliqué que la décision de verser un maximum de deux subventions par ville a été prise sur le tard, dans le bureau du ministre, à l'étape de l'étude des candidatures.

Le sous-ministre a expliqué que le PMTR a reçu 131 demandes de subvention, et que le personnel du ministère a déterminé que 88 d'entre elles se qualifiaient en bonne et due forme pour la deuxième et dernière tranche de 50 millions du programme.

« Nous avons présenté les projets au ministre », a témoigné M. Dicerni. « Lorsqu'on est passé à travers la liste des 88 projets, on a eu des discussions pour ventiler. Il y a eu réflexion pour accroître le nombre de villes choisies pour mieux répartir régionalement ».

C'est à ce moment que le ministre a décidé de faire des choix en fonction du nouveau critère d'admissibilité, qui n'avait jamais été évoqué et qui n'est d'ailleurs écrit nulle part. Le ministre Clement a finalement jeté son dévolu sur 47 des 88 projets admissibles.

Les Francofolies de Montréal, qui battent leur plein, ont ainsi appris qu'elles ne recevraient pas la subvention de 1,5 million qu'elles avaient pourtant obtenue l'an dernier. La nouvelle a été annoncée à un mois de l'évènement, alors que la programmation avait déjà été annoncée.

Les organisateurs ont dû annuler l'un des grands évènements du festival, soit le concert du rockeur Éric Lapointe avec l'Orchestre symphonique de Montréal. Ils demandent aussi aux festivaliers de participer à une opération de solidarité.

De nombreux autres évènements sont dans la même situation. À Toronto, par exemple, le Festival de la fierté gaie, qui avait obtenu 400 000 $ l'an dernier, ne reçoit rien du tout cette année.

« Je prends la responsabilité de toutes les décisions dans mon ministère. Ils [les fonctionnaires] me font des recommandations [...] et ensuite évidemment nous avons des critères pour nous assurer que [les fonds sont] distribués de façon égale à travers le pays », a expliqué M. Clement à sa sortie de la Chambre des communes, jeudi. Le ministre dit pouvoir défendre chacun des projets choisis.

Le porte-parole libéral en matière de patrimoine, Pablo Rodriguez, critique cette façon de faire. « On se rend compte que le ministre a carte blanche sur à peu près 100 millions de dollars de fonds publics et qu'il n'a pas à se justifier [...]. Et ça, c'est extrêmement inquiétant », dit-il.

L'an dernier, le PMTR a distribué 47,5 millions de dollars pour 60 projets dans 26 villes du pays. En 2010, le financement de 47 événements, dans 35 villes canadiennes, a totalisé 39,2 millions.

Quelque 5 millions de dollars ont été engloutis par des frais d'administration, tandis que 8 millions sont allés dans les coffres de la Commission canadienne du tourisme. Une décision que la porte-parole bloquiste en matière de patrimoine, Carole Lavallée, a assimilée à un « détournement de fonds ».

« Ils avaient l'argent pour répondre à Montréal en lumière, ils avaient l'argent pour répondre aux Francofolies, mais ils l'ont envoyé à la commission touristique pour des raisons nébuleuses, pas très claires, et la commission touristique n'était même pas éligible au programme », s'insurge-t-elle.

Le PMTR, prévu dans le plan de relance économique du gouvernement conservateur de 2009, a été mis sur pied pour aider l'industrie touristique et attirer des visiteurs internationaux. L'enveloppe de 100 millions de dollars a été répartie sur deux ans.

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