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Quebecor Media
Vers une chaîne d'information pour conservateurs

Mise à jour le jeudi 10 juin 2010 à 9 h 34

Quebecor Media a annoncé mardi que l'ex-directeur des communications du premier ministre Stephen Harper, Kory Teneycke, dirigera dorénavant le bureau politique de l'agence QMI à Ottawa. Il sera assisté de l'ancien porte-parole de Quebecor et de Brian Mulroney, Luc Lavoie.

Pierre Karl Péladeau accompagné de Brian Mulroney v-p du conseil d'administration de Quebecor.

Photo: La Presse Canadienne /Ryan Remiorz

Pierre Karl Péladeau accompagné de Brian Mulroney v-p du conseil d'administration de Quebecor.

Cette décision du géant des médias dirigé par Pierre Karl Péladeau constitue un prélude à une offensive visant à mettre sur pied une chaîne télévisée d'information continue en langue anglaise dont le modèle serait calqué sur le réseau américain Fox News, porte-étendard des voix conservatrices aux États-Unis.

Quebecor a d'ailleurs déposé une demande de licence auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) la semaine dernière. Selon le Globe and Mail, Quebecor demande à ce que les câblodistributeurs soient obligés de diffuser son signal.

Pour Quebecor, le pari semble risqué. Si le géant des médias est bien implanté dans le paysage télévisuel québécois, avec TVA et LCN, il en va autrement dans le reste du Canada, où les téléspectateurs peuvent déjà écouter les chaînes d'information continue de CBC et de CTV.

À l'extérieur du Québec, Quebecor possède les journaux de la chaîne Sun Media, des quotidiens de formats tabloïds dont la facture ressemble à celle du Journal de Montréal et du Journal de Québec, ainsi qu'une petite station de télévision, SUN TV.

De façon générale, les temps sont durs pour les réseaux de télévision, tant au Canada qu'aux États-Unis. Ils doivent composer avec une diminution notable des revenus publicitaires et une érosion des auditoires au profit des nouveaux médias et des chaînes spécialisées

Selon le Globe and Mail, c'est Kory Teneycke qui a convaincu Quebecor Media de se lancer dans cette aventure. L'objectif est de rejoindre un public conservateur insatisfait de ce que lui offrent CBC et CTV.

Aux États-Unis, Fox News s'est imposé comme la voix des conservateurs depuis 1996. Sa partialité ne va pas sans susciter la controverse. La Maison-Blanche a dénoncé le parti pris du réseau à quelques reprises. Le modèle d'affaires du réseau fonctionne bien, cependant.

Selon le Globe and Mail, Quebecor tenterait de convaincre l'auteur et commentateur conservateur Ezra Levant de piloter une émission d'opinion. MM. Levant et Teneycke se connaissent depuis 1996, alors qu'ils ont travaillé ensemble à réunir la droite canadienne, divisé entre le Reform Party et le Parti progressiste-conservateur.

Kory Teneycke accompagnait le premier ministre Harper lors d'un voyage à Washington en mars 2009.

Photo: La Presse Canadienne /Sean Kilpatrick

Kory Teneycke accompagnait le premier ministre Harper lors d'un voyage à Washington en mars 2009.

Embauche controversée

L'embauche de Kory Teneycke a suscité une commotion à Ottawa. En tant que directeur du bureau politique de l'agence QMI, il supervisera la couverture politique d'un gouvernement dont il dirigeait les communications il y a tout juste un an.

Les entreprises de presse préconisent souvent que les politiciens ou le personnel politique fassent un purgatoire de deux ans avant d'être embauchés. Kory Teneycke a démissionné en juillet 2009.

M. Teneycke a récemment fait parler de lui après avoir été embauché comme analyste à l'émission Power and Politics, sur les ondes de CBC. En avril, il a notamment eu un échange musclé avec le sondeur Frank Graves, de la firme EKOS, qu'il a accusé d'être proche des libéraux.

Il avait alors clairement annoncé ses couleurs en déclarant : « Je suis un conservateur, je donne de l'argent [au Parti conservateur], j'ai travaillé lors des campagnes électorales ».

Le député libéral Pablo Rodriguez a réagi avec prudence à la nouvelle. « La concurrence est toujours bienvenue. Normalement, le consommateur profite d'une bonne concurrence. Mais je serais inquiet d'une chaîne comme Fox News dont le moteur est idéologique », a-t-il dit au Toronto Star.

Le député néo-démocrate ontarien Charlie Angus déplore ouvertement le choix de Kory Teneycke. « Le bureau d'Ottawa a un rôle journalistique dans le pays. Un homme comme Kory Teneycke n'a pas sa place dans le bureau d'Ottawa d'aucune manière. C'est un militant partisan de Stephen Harper », a-t-il dit à la chaîne CanWest.

M. Angus a aussi déclaré au Star que, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, la loi canadienne oblige les réseaux de télévision à faire des reportages équilibrés. L'embauche de Teneycke sape cette obligation, dit-il.

Son collègue Thomas Mulcair s'est montré plus réservé. « On va continuer à croire que les vrais journalistes peuvent continuer à travailler. Les gens peuvent bien avoir l'expérience d'où ils veulent. On jugera l'arbre à ses fruits », a-t-il déclaré à La Presse.

« Je ne lui prête pas de mauvaises intentions; je ne sais pas ce qu'il va faire là », a déclaré le président de la Fédération professionnelle des journalistes, Bryan Miles, au quotidien de la rue Saint-Jacques. « Si c'est un projet pour donner une plus grande visibilité à des idées conservatrices, on passe un peu à côté de la mission sociale d'informer et de le faire avec le sens de l'équilibre et de la rigueur ».

Radio-Canada.ca avec Globe and Mail, Toronto Star et Le Devoir

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