Après plusieurs mois d'arrêt, la production d'isotopes doit reprendre cet été au Canada à partir du vieux réacteur de recherche de Chalk River. Mais ce n'est qu'un sursis, puisque ce réacteur, qui date de 1957, va cesser définitivement ses opérations en 2016.
Après plusieurs mois d'arrêt, la production d'isotopes doit reprendre au pays cet été à partir du vieux réacteur de recherche de Chalk River. Mais ce n'est qu'un sursis, puisque ce réacteur, qui date de 1957, va cesser définitivement ses opérations en 2016.
Ainsi, plusieurs observateurs déplorent la gestion déficiente d'Énergie atomique du Canada.
En plus de la fermeture de Chalk River, deux autres réacteurs qui devaient entrer en fonction il y a neuf ans, pour produire des isotopes, ne sont toujours pas en marche en raison de problèmes technologiques.
Ce projet, baptisé Maple, a été conçu par Énergie atomique du Canada et une compagnie privée de transformation, MDS-Nordion. Il était évalué, au départ, à 140 millions de dollars, mais les coûts s'élèvent maintenant à 545 millions de dollars. MDS-Nordion y a investi 382 millions et Énergie atomique, 163 millions.
Le temps est venu pour le gouvernement de se questionner sur la suite des choses. « On continue d'investir dans une technologie qui ne fonctionne pas ou on arrête », précise le ministre des Ressources naturelles, Christian Paradis.
Avis divergents
Les avis divergent toutefois et certains experts estiment qu'il ne faut pas arrêter ce projet qui a demandé un si grand investissement. « Moi je pense que, à l'intérieur des cinq à dix prochaines années, il sera plausible de démarrer ces réacteurs de recherche avec, environ, une centaine de millions de dollars », répond Jean Koclas, spécialiste en génie nucléaire à la Polytechnique de Montréal.
Le gouvernement canadien semble avoir tout de même lancé la seviette. Le projet Maple est pratiquement abandonné. En réaction, MDS-Nordion a déjà intenté une poursuite de 1,6 milliard de dollars contre le gouvernement pour rupture de contrat.
Une question de sécurité
Outre les problèmes technologiques, la question de la sécurité est également au coeur du dossier. Le projet Maple et le site de Chalk River fonctionnent avec de l'uranium enrichi, le même qui est utilisé dans l'industrie militaire.
Les États-Unis tentent de contrôler l'utilisation et la vente de cet uranium, et ce, même à des fins médicales. « Les États-Unis veulent le contrôle sur l'uranium enrichi, parce que c'est le matériel de base pour faire des armes nucléaires. Les États-Unis ont raison de savoir où l'uranium s'en va, où il sera entreposé et s'il reviendra. C'est une question de sécurité » estime Éric Turcotte, docteur en médecine nucléaire.
Le docteur Turcotte signe d'ailleurs un rapport sur la gestion des isotopes. Il recommande entre autres des alternatives qui ne requièrent pas d'uranium pour produire des isotopes. Le gouvernement canadien y a déjà investi 48 millions de dollars pour répondre aux besoins du pays.