![]() Revendication sur l'Arctique Une coopération à renforcerMise à jour le mardi 30 mars 2010 à 10 h 28
Réunis lundi à Chelsea, au Québec, les chefs de la diplomatie des cinq États riverains de l'Arctique ont discuté d'enjeux touchant cette région fort convoitée. S'ils n'ont annoncé aucune nouvelle mesure, le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège et la Russie ont convenu de renforcer leur coopération. Les discussions ont notamment porté sur les travaux visant à tracer les limites des plateaux continentaux au-delà de 200 milles marins. Tous les pays riverains ont en effet des revendications qui empiètent sur le territoire d'un voisin. « Nous sommes déterminés à régler de manière harmonieuse toutes les revendications pouvant se chevaucher », a assuré l'hôte de la rencontre, le ministre Lawrence Cannon, à l'issue des travaux avec ses homologues. Il était l'unique ministre présent lors du point de presse. Les règles du jeuPour l'instant, chaque État riverain peut exploiter ces ressources dans un périmètre de 200 milles marin au-delà de ses côtes, comme le prévoit la Convention des Nations unies sur les droits de la mer. Mais passé cette zone, chaque État devra s'adresser à l'ONU pour faire reconnaître l'extension de son « plateau continental ». Les nouvelles frontières devront ensuite être acceptées par les autres pays riverains.
Autre sujet de préoccupation : l'accroissement rapide du trafic maritime dans l'océan Arctique, que laisse présager la fonte des glaces causée par le réchauffement planétaire. « Nous convenons qu'il faut accorder la priorité à l'adoption rapide d'un régime ayant force obligatoire pour la navigation dans les eaux polaires, en collaboration avec l'Organisation maritime internationale », a indiqué le ministre Cannon. Ce dernier a en outre indiqué que les États côtiers préparaient un document juridiquement contraignant sur la recherche et le sauvetage dans l'Arctique. Le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège et la Russie comptent le présenter au Conseil de l'Arctique en 2011. Les cinq pays, a poursuivi le ministre Cannon, envisagent par ailleurs la création d'une commission hydrographique régionale pour étudier l'océan Arctique et ses côtes afin d'améliorer la sécurité de la navigation. Le ministre Cannon a affirmé que le Canada faisait preuve de leadership dans la gestion de cette vaste région. Un sommet restreint Interrogé par les journalistes, M. Cannon a dû justifier le caractère fermé de la réunion, critiqué tout autant par des organisations non gouvernementales que par la secrétaire d'État, Hillary Clinton. Celles-ci ont déploré l'absence des Autochtones et des autres pays du Conseil de l'Arctique, soit la Suède, la Finlande et l'Islande. La rencontre n'a pas été organisée dans le but de remplacer le Conseil, a-t-il répondu, ajoutant que le sommet organisé n'a pas la vocation à devenir une structure permanente. Les organisateurs de la conférence ont été en contact du Conseil de l'Arctique et avec les habitants des territoires arctiques, a-t-il fait valoir. Mais si une catastrophe naturelle ou un problème de sécurité survenait, ce serait aux cinq pays souverains qui bordent le continent nordique d'y répondre, a-t-il indiqué. « S'agissant de la science comme des autres sujets relatifs à l'Arctique, nous sommes en faveur d'une architecture transparente et intégrant tous les acteurs », avait précédemment indiqué Mme Clinton. « Tandis que nous essayons de développer nos connaissances sur le Grand Nord, j'espère que ceux qui y vivent depuis des générations seront pleinement partie prenante à cet effort. » Quelques dizaines de militants de Greenpeace et de l'organisation non gouvernementale Conseil des Canadiens ont pour leur part manifesté à proximité du lieu de la conférence pour dénoncer le « huis clos » des discussions sur l'avenir de l'Arctique. « Les communautés autochtones, les autres pays concernés ainsi que les groupes environnementaux doivent se trouver à la table des discussions », a déclaré une responsable de Greenpeace, Beth Hunter. Mme Hunter a soutenu qu'il est urgent « d'assurer un avenir viable pour la région de l'Arctique et non d'exploiter ses ressources pétrolières », déplorant par ailleurs les effets du réchauffement climatique. Un potentiel économique à explorer Les enjeux économiques et stratégiques de cette région sont très importants. Selon une étude du Centre américain d'études géologiques (USGS), les fonds marins de l'Arctique pourraient contenir jusqu'à 22 % des ressources mondiales d'hydrocarbures à découvrir. Depuis que les Russes sont allés déposer leur drapeau dans le fond de l'océan Arctique il y a quelques années, Moscou ne cesse de défendre publiquement ses prétentions territoriales. De leur côté, les États-Unis refusent de reconnaître la souveraineté du Canada dans les eaux qui traversent son archipel arctique.
Pour certains analystes, le ton de collaboration adopté par M. Cannon n'est qu'un écran de fumée qui cache des mésententes profondes difficiles à aplanir. « Tous ces conflits ne sont pas du tout réglés et on n'a même pas commencé à parler des peuples autochtones », affirme Konstantia Koutouki, de la faculté de Droit à l'Université de Montréal. Priorité aux changements climatiques Michael Byers, professeur à l'Université de Colombie-Britannique et expert de l'Arctique, soutenait quant à lui avant la réunion qu'elle devrait chercher un engagement ferme des participants sur les changements climatiques. « Trois parmi les plus grands émetteurs de dioxyde de carbone, les États-Unis, le Canada et la Russie, se trouvent autour de la table pour parler de la région qui est l'épicentre du changement climatique », a rappelé M. Byers à l'AFP. « S'ils n'en parlent pas et s'ils n'abordent pas la réduction des émissions [de gaz à effet de serre], ils ignoreront le plus grave problème de l'Arctique aujourd'hui », a-t-il ajouté. Le G8 se réunit La réunion des États côtiers de l'océan Arctique s'est tenue en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres du G8, qui se déroule en fin de journée à Gatineau, en vue du Sommet tenu à la fin juin. À l'issue de la réunion sur l'Arctique, les chefs de la diplomatie américaine, canadienne et russe ont donc rejoint leurs homologues allemand, britannique, français, italien et japonais. Les discussions porteront essentiellement sur la sécurité mondiale. Il sera question notamment de la menace nucléaire que représentent l'Iran et la Corée du Nord, et de la guerre en Afghanistan. Un important dispositif de sécurité a été mis en place au Château Cartier, de Gatineau, où se tient la rencontre. Des manifestations sont prévues durant la journée. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne et Agence France Presse
En profondeur
L'Arctique : un territoire convoité
audio-vidéo
Le Canada n'est pas seul à revendiquer la souveraineté sur l'Arctique Le dégel de l'ArctiqueL'Arctique est particulièrement vulnérable aux changements climatiques, comme l'a constaté l'équipe de l'émission Découverte. L'Arctique: un territoire convoitéLe Canada n'est pas seul à revendiquer la souveraineté sur l'Arctique
Le compte rendu de Stéphane Leclerc
Le Canada se défend de vouloir créer un second forum pour discuter des questions relatives à l'Arctique, rapporte Daniel Thibeault.
L'Arctique est de plus en plus convoité, dit Catherine François.
Joël Plouffe, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand, de l'UQAM, parle des enjeux de la rencontre.
Simon Durivage s'entretient avec Frédéric Lasserre, professeur au Département de géographie de l'Université Laval.
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