Gérard Latulippe
Contesté par l'opposition aux Communes, Gérard Latulippe, pressenti pour présider l'organisation Droits et Démocratie, a déjà défendu des idées controversées, dans un mémoire déposé à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.
Dans un mémoire déposé à la Commission Bouchard-Taylor, Gérard Latulippe a associé l'amplification de la « concentration géographique » de l'immigration musulmane à un risque de « terrorisme intérieur ».
Présentement en Haïti, où il oeuvre au sein de la National Democratic Institute, une organisation américaine qui vient en aide aux organisations politiques étrangères, M. Latulippe travaillait au Maroc pour le même organisme lorsqu'il a déposé son mémoire, qu'il n'a cependant pas présenté devant la Commission.
Dans un document de 38 pages dans lequel il plaide résolument pour la laïcité et la survie de l'identité québécoise, il condamne le fondamentalisme religieux, s'attardant principalement à l'islam radical. Ce n'est pas cette idée en soi qui a fait réagir le Conseil canadien sur les relations entre l'islam et le continent américain ( CAIR-CAN), mais certains extraits de son mémoire.
« [...] La concentration des groupes ethniques et des nouveaux arrivants à Montréal et même plus dans certains quartiers [nuit au bon fonctionnement de la société québécoise], a-t-il notamment écrit. « J'ajouterai que c'est aussi la concentration géographique de plus en plus importante de l'immigration en provenance des pays musulmans. Une immigration sans véritable vision d'intégration, qui ne sait pas prendre les mesures pour sélectionner des immigrants qui démontrent une volonté d'adhérer à nos valeurs de la société qui sont les nôtres. Ce faisant nous nous créons graduellement un problème. »
Ces propos ont fait bondir le directeur exécutif de CAIR-CAN, qui estime que cela fait la promotion d'une peur non fondée à l'endroit de l'immigration musulmane au Canada.
Il y a fort à parier qu'ils alimenteront à son endroit les critiques de l'opposition à Ottawa, unanime à s'opposer à sa nomination à la tête de Droits et démocratie.
Le libéral Bob Rae, critique de son parti en matière de politique étrangère, a déjà indiqué qu'il trouvait le langage utilisé par M. Latulippe dans son mémoire « franchement difficile ».
Ce n'est pas la première fois que ses opinions sont critiquées. Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, avait notamment estimé que certaines de ses positions, notamment sur le mariage gai et la peine de mort, allaient à l'encontre des lois du Parlement canadien.
Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, avait donné à l'opposition jusqu'au 1er mars pour réagir à sa nomination annoncée.
La nomination de M. Latulippe à la tête de Droits et démocratie, qui relève du ministère des Affaires étrangères, est sujette à consultation, par tradition, mais le gouvernement n'a pas d'obligation juridique de consulter l'opposition et encore moins de tenir compte de son avis.
Dès l'annonce de sa nomination, la semaine dernière, l'opposition a qualifié ce choix de partisan. Ex-candidat de l'Alliance canadienne, l'ancêtre du Parti conservateur actuel, Gérard Latulippe a été le lieutenant québécois au chef de l'Alliance de l'époque, Stockwell Day.
Les trois partis estiment qu'il n'est pas l'homme qu'il faut pour sortir Droits et démocratie de la crise interne que l'organisme traverse et qui a été révélée au grand jour par la mort de son dernier président, Rémy Beauregard, en janvier dernier.
Une partie du conseil d'administration était en guerre ouverte contre M. Beauregard, lui reprochant notamment d'avoir financé des organismes qui ont critiqué Israël.