Une cinquantaine d'organisations non gouvernementales internationales contestent les décisions du conseil d'administration de l'organisme montréalais Droits et démocratie, qui traverse une véritable crise de confiance.
La crise que traverse l'organisme montréalais Droits et démocratie, dont trois membres du conseil d'administration sont contestés par une majorité d'employés, a un écho à l'étranger.
Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, une cinquantaine d'organisations non gouvernementales israéliennes, palestiniennes, américaines et européennes déplorent à leur tour la révocation de subventions à des organismes de défense des droits des Palestiniens décidée par le C. A. de l'organisme. La militante pacifiste nord-irlandaise Mairead Corrigan, Prix Nobel de la Paix de 1976, a elle aussi apposé sa signature au document.
« Il semble que la décision du conseil d'administration de révoquer les subventions à Al-Haq et à Al-Mezan pourrait bien venir du fait qu'elles font trop bien leur travail, en particulier par leurs enquêtes sur les violations israéliennes des droits de la personne au cours de l'attaque de Gaza de l'hiver dernier », peut-on lire dans la lettre ouverte. « Nous sommes choqués [...] que le C. A. de Droits et démocratie ait choisi de se ranger du côté du violateur », poursuivent les signataires.
Une telle démarche est « en contradiction évidente avec l'intérêt proclamé du Canada pour l'avancement des valeurs universelles des droits de la personne et la promotion de la démocratie, peut-on lire.
Les signataires condamnent également le président du conseil, Aurel Braun, nommé l'an dernier par le gouvernement Harper, pour ses propos sur les organismes auxquels il a retiré les subventions. Il les avait qualifiés d'« organisations anti-israéliennes parmi les plus virulentes ».
Aurel Braun avait également déclaré que ces groupes palestiniens étaient des « organisations toxiques qui déploient de grands efforts pour diaboliser et déshumaniser Israël ».
Un « prédécent dangereux »
L'ancien ministre libéral Warren Allmand, qui a déjà été président du Centre international des droits de la personne, a profité d'une table-ronde organisée par les libéraux, mardi, pour lancer une attaque cinglante contre le gouvernement conservateur.
Il a accusé le gouvernement conservateur de remplir le conseil d'administration de l'organisme avec des personnes « qui ont les mêmes biais politiques que le bureau du premier ministre ». Il a fait valoir que depuis sa création par le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney, en 1988, l'organisme avait toujours démontré un esprit non partisan.
« Il était important sur le plan international que les politiques du centre ne soient pas confondues avec celles du gouvernement », a-t-il dit. La politisation du conseil actuel est « un prédécent extrêmement alarmant et dangereux », a-t-il soutenu, y voyant « une tentative délibérée d'affaiblir et de contrôler la dissension publique ».
Il a également tracé un parallèle avec les coupures imposées récemment à l'organisme d'initiatives oecuméniques pour la justice Kairos. Le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, a affirmé devant un auditoire formée d'Israéliens que l'organisme avait subi des coupes en raison de ce qu'il a décrit comme des positions anti-israéliennes.
À l'issue de la table-ronde, le chef libéral Michael Ignatieff a de son côté parlé d'« ingérence politique au sein de cet organisme ».
Les libéraux et les néo-démocrates ont par ailleurs indiqué qu'ils entendaient demander au comité des Affaires étrangères, lors de la reprise des travaux parlementaires, d'enquêter sur la crise que traverse l'organisme.
Les tensions se multiplient
Rémy Beauregard (archives)
Depuis que son personnel est entré en rébellion ouverte contre Aurel Brown, Droits et Démocratie vit une crise profonde, révélée au grand jour par la mort de son président Rémy Beauregard, au début du mois dernier. M. Beauregard est mort d'une crise cardiaque après une réunion particulièrement tendue du conseil d'administration.
Lui-même nommé par les conservateurs, M. Beauregard divergeait d'opinion avec trois autres membres du conseil au sujet des politiques de l'organisme, notamment pour des questions reliées au Proche-Orient.
Il y a trois semaines, 47 employés ont expliqué dans une lettre ouverte ne pas faire confiance au président du conseil d'administration, nommé par les conservateurs, ni à deux autres membres du conseil.
Il y a quelques jours, trois dirigeants de l'organisme ont été suspendus et font l'objet d'une enquête interne. Le C. A. les soupçonnerait d'être à l'origine de la fronde.
L'un des membres du conseil d'administration de Droits et Démocratie avec lesquels M. Beauregard divergeait d'opinion, Jacques Gauthier, a été nommé président par intérim la semaine dernière. Le site du Globe and Mail révélait lundi soir que M. Gauthier avait embauché la firme Sirco, spécialisée dans les services de renseignement et d'enquête en entreprise. M. Gauthier a confirmé la nouvelle, refusant toutefois de préciser le travail que ferait l'entreprise, dirigée par un ancien policier.