Le ministre canadien des Transports, John Baird, examine un scanner corporel, après une conférence de presse à Ottawa.
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PC/Pawel Dwulit
Ottawa prend les grands moyens pour répondre aux inquiétudes nées de l'attentat raté contre un avion de Delta Air Lines le soir de Noël. Le ministre canadien des Transports, John Baird, a annoncé mardi l'installation de 44 scanners dans les grands aéroports du pays, dont ceux de Montréal et de Toronto.
Ottawa annonce l'installation de 44 scanners corporels pour renforcer la sécurité dans les aéroports du pays. Une mesure qui sera inefficace, selon certains spécialistes.
Ces appareils, au coût de 250 000 $ chacun, permettent de détecter des armes ou des explosifs dissimulés sous les vêtements, ou même ceux qui ont été ingérés. La nouvelle mesure coûtera au total plus de 10 millions de dollars.
En plus des scanners, le ministre Baird a indiqué qu'un système de surveillance serait mis en place dans les aéroports pour observer les voyageurs afin de déceler tout comportement suspect. Il n'a cependant pas précisé qui serait chargé d'étudier ainsi les voyageurs.
John Baird a profité de ces annonces pour rappeler l'importance pour son gouvernement d'assurer la sécurité des Canadiens. Selon lui, il s'agira d'une « priorité clef » de la nouvelle décennie.
En place dès la semaine prochaine
Onze des 44 scanners corporels seront livrés dès la semaine prochaine dans les aéroports canadiens. Les autres seront disponibles d'ici la fin du mois de mars.
Un scanner corporel installé à l'aéroport Schiphol d'Amsterdam, aux Pays-Bas.
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PC/AP/Cynthia Boll
Ces appareils seront utilisés lorsqu'une deuxième vérification est nécessaire. Les voyageurs pourront toutefois choisir entre une fouille tactile ou le scanner.
En conférence de presse à Ottawa, le ministre d'État aux Transports, Rob Merrifield, a affirmé que lors d'un essai à Kelowna, en Colombie-Britannique, les Canadiens ont préféré à 95 % le scanner à l'autre option.
Il soutient par ailleurs qu'une solution a été trouvée aux inquiétudes liées au respect de la vie privée. En effet, les agents qui verront les images seront isolés dans une salle. Ils n'auront aucun contact avec les passagers avant ou après le scanner et ne disposeront d'aucune information personnelle permettant de les identifier. De plus, les images seront effacées dès que la personne quittera l'appareil.
Ces mesures rassurent le Commissariat à la protection à la vie privée du Canada, qui avait au départ émis plusieurs réserves sur l'utilisation des scanners corporels.
Prendre tous les moyens nécessaires, dit Harper
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a réagi à l'implantation des nouvelles mesures pour renforcer la sécurité dans les aéroports.
Dans une entrevue au réseau anglais de Radio-Canada, le premier ministre a indiqué que le Canada allait prendre tous les moyens nécessaires pour protéger les passagers canadiens. Selon lui, il faut surtout agir intelligemment. « Il faut résister à la tentation de mettre en place une montagne bureaucratique comme avec le registre des armes à feu », a-t-il expliqué.
Le chef conservateur a toutefois ajouté que son gouvernement n'envisageait pas nécessairement de mettre en place une liste de pays dont les citoyens subiront des contrôles renforcés aux aéroports, comme les États-Unis.
« Nous allons étudier ces mesures très attentivement et arriverons peut-être à une autre conclusion [que les Américains] », a-t-il expliqué.
Une solution efficace?
Mais l'opposition à Ottawa n'est pas convaincue de l'efficacité des scanners. Selon le porte-parole en matière de transport du Parti libéral, Joe Volpé, le problème, c'est que le gouvernement a prorogé le Parlement, ce qui fait qu'aucun comité parlementaire ne sera en mesure d'étudier la décision ou d'en débattre.
De leur côté, les néo-démocrates s'inquiètent, comme plusieurs groupes de défense des libertés individuelles, des risques d'atteinte à la vie privée des personnes qui seront en quelque sorte mises à nu par ces scanners.
« Est-ce que ces investissements valent la peine ou ne serait-ce pas mieux d'investir davantage dans les services de renseignements pour identifier les présumés terroristes? », s'interroge pour sa part Nathalie Desrosiers, de l'Association canadienne des libertés civiles.
Pour Jacques Duchesneau, ancien président de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, l'implantation des scanners est une mesure de dissuasion, sans plus.
Les scanners ne sont pas infaillibles, dit-il. Par exemple, ils seront inefficaces dans le cas où un individu arrive d'un autre pays où il a été mal fouillé, et qu'il demeure dans la zone dite « stérile ».
Pour lui, la décision du gouvernement de renforcer la surveillance des comportements suspects dans les aéroports est particulièrement intéressante. « Parce que quelqu'un qui s'en va commettre un acte terroriste ne peut, à moins d'être un psychopathe, ne pas avoir de réactions », explique-t-il.
Il donne en exemple l'attentat raté contre le vol Amsterdam-Détroit. Des passagers avaient remarqué que le Nigérian qui a tenté de faire exploser l'avion agissait de façon étrange.
Multiplication des mesures de sécurité
L'utilisation des scanners s'ajoute aux mesures de sécurité déjà mises en place dans la foulée de l'attentat déjoué du 25 décembre. Les passagers qui vont aux États-Unis n'ont plus le droit d'apporter de bagage dans la cabine de l'aéronef, sauf quelques exceptions (médicaments, appareils médicaux, petits sacs à main, appareils photo, manteaux, articles pour bébés, ordinateurs portables, béquilles, cannes, déambulateurs, trousses médicales, instruments de musique, valises diplomatiques).
Il leur est également interdit de se lever ou de poser un objet sur leurs genoux dans l'heure précédant l'atterrissage. Ces mesures resteront en place jusqu'à nouvel ordre.