Une journée marquée par le nucléaire

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Les premiers ministres du Canada, Stephen Harper, et de l'Inde, Manmohan Singh Les premiers ministres Stephen Harper et Manmohan Singh   © PC/AP/Saurabh Das

La délicate question nucléaire a marqué de deux manières la visite du premier ministre Stephen Harper à New Delhi, en Inde, mardi.

Après sa rencontre avec son homologue indien, le premier ministre du Canada répond à des questions sur des négociations de coopération nucléaire qui semblent piétiner, sur fond d'inquiétudes terroristes.

M. Harper a rencontré son homologue indien, Manmohan Singh, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, le vice-président et la chef du Parti national du Congrès indien, Sonia Gandhi.

Cette rencontre entre MM. Harper et Singh survenait dans la foulée de la décision de l'Inde de mettre ses centrales nucléaires en alerte, après la divulgation par des sources gouvernementales indiennes d'informations du FBI au sujet d'un présumé terroriste américain, David Headley, soupçonné d'avoir participé à la planification des attentats de Mumbai, il y a un an.

Le FBI aurait trouvé des cartes et des documents en possession de Headley et de Tahawwur Hussain Rana, un Canadien d'origine pakistanaise. Tous deux sont détenus à Chicago en lien avec un autre présumé complot terroriste, celui-là visant les bureaux du journal danois Jyllands-Posten, à l'origine de la publication de caricatures du prophète Mahomet qui avaient provoqué de violentes réactions dans le monde musulman.

MM. Harper et Singh ont reconnu avoir discuté des informations concernant Rana lors de leur rencontre de mardi. M. Harper a affirmé que le Canada collaborait avec les Américains dans cette affaire. Le premier ministre du Canada a assuré qu'Ottawa prenait l'affaire au sérieux.

Une coopération qui tarde à venir

Les discussions entre les deux hommes politiques ont aussi porté sur des projets de coopération nucléaire. Le sujet demeure délicat cependant, en raison d'une brouille avec l'Inde sur le sujet dans les années 1970.

Le Canada, qui avait vendu un réacteur Candu à l'Inde pour qu'elle puisse produire de l'énergie, avait arrêté de faire affaire avec ce pays après un premier essai nucléaire indien en 1974.

En janvier dernier, Stephen Harper avait indiqué que le Canada et l'Inde cherchaient à reprendre leur coopération en matière nucléaire. Aucun accord n'a encore été conclu, mais le premier ministre Harper a cherché à se faire rassurant à ce sujet.

« Nous ne sommes plus dans les années 1970. Nous sommes en 2009, a déclaré M. Harper. [...] L'Inde est un pays stable et important pour le Canada, et nous n'avons aucune réserve à conclure ce genre d'entente. »

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a toutefois rappelé que l'Inde n'avait jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire. « Quand on nous dit que le monde a changé, ça ne dispense certes pas de signer le Traité de non-prolifération », a dit M. Duceppe.

Après avoir participé à une rencontre avec le premier ministre Harper, des hommes d'affaires et des responsables gouvernementaux indiens, le président et directeur général d'Énergie atomique du Canada (EACL), Hugh MacDiarmid, a affirmé à la Presse canadienne qu'il n'y avait « aucun obstacle fondamental » pour qu'un accord soit conclu. Dans un premier temps, EACL vise des contrats d'entretien des réacteurs existants en Inde.

M. MacDiarmid n'a pas voulu commenter l'impact possible des difficultés passées sur les négociations actuelles, ajoutant qu'il n'était pas un diplomate, mais un homme d'affaires.

Une puissance émergente de grand intérêt

Mercredi, Stephen Harper visitera un immense temple hindou construit récemment à New Delhi et le fameux temple d'Or de la religion sikhe à Amritsat.

Cette visite en Inde est clairement à saveur économique. L'Inde est l'une des grandes puissances émergentes à laquelle le Canada s'intéresse particulièrement.

En entamant sa visite à Mumbai, coeur des affaires du pays, le premier ministre Harper voulait notamment jeter les bases d'un éventuel accord de libre-échange avec l'Inde. Les possibilités d'affaires sont immenses, notamment dans les domaines de l'aéronautique, de la science et des infrastructures.

Stephen Harper se défend d'ailleurs d'avoir attendu longtemps pour se rendre en Inde et affirme que son gouvernement est celui qui s'est rapproché le plus de ce pays depuis les 30 dernières années.