Hausse des suicides

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Militaire canadien en Afghanistan Un soldat canadien surveille le périmètre d'un attentat à Kandahar.   © PC/Allauddin Khan

Quinze soldats canadiens se sont suicidés en 2008, soit quatre de plus qu'en 2007, indiquent des chiffres publiés par le ministère canadien de la Défense.

Le ministère de la Défense rapporte que 15 soldats se sont enlevé la vie l'an dernier, soit 4 de plus qu'en 2007. Ces chiffres ne tiennent cependant pas compte des réservistes.

Cela équivaut à un taux de 23 suicides pour 100 000 soldats, ce qui est plus élevé que le taux moyen de 17,9 pour 100 000 observé pour les années 2005 à 2008.

Ces années équivalent à celles où l'armée canadienne a participé en Afghanistan à ses combats les plus féroces depuis la guerre de Corée, de 1950 à 1953.

À titre de comparaison, l'armée américaine a recensé 128 suicides parmi les militaires l'an dernier, pour un taux de suicide de 20,2 pour 100 000 soldats.

La question du suicide a ressurgi cette année, à l'occasion de la mort de la major Michelle Mendes. La jeune femme de 30 ans, qui travaillait pour le renseignement militaire, a été retrouvée sans vie le 23 avril à Kandahar. Sa mort a toutes les apparences d'un suicide, mais l'armée se borne à dire que sa mort n'est pas due à une action ennemie.

Dans le cadre de l'émission Enquête, Cathy Senay a rencontré la mère d'un jeune soldat qui s'est enlevé la vie après son retour d'Afghanistan, un retour caractérisé par un manque de ressources. Son reportage complet, qui portera sur le tabou que constitue le suicide au sein des Forces canadiennes, sera diffusé jeudi à 20 h sur les ondes de Radio-Canada. Regardez la bande-annonce de cette émission.

Interrogé par La Presse Canadienne, le médecin en chef des Forces canadiennes, Hans Jung, soutient que les Canadiens vivent mieux avec le stress de la guerre que les Américains.

Il croit que cela est attribuable entre autres au fait que leur tour de garde est plus court. Un soldat canadien assigné au combat revient au pays après 6 mois; un soldat américain y demeure pour une période variant de 9 à 15 mois.

La politique américaine dite du stop-loss, en vertu de laquelle un soldat est contraint de demeurer au sein de l'armée même s'il aurait normalement eu le droit de la quitter, contribue aussi à cette différence, estime le Dr Jung.

Le député libéral ontarien Dan McTeague déplore toutefois que l'armée canadienne ne tienne pas compte des suicides commis par les réservistes de l'armée, dont la contribution à la mission en Afghanistan est « indispensable ».

Selon Statistique Canada, le taux de suicide au sein de la population canadienne atteignait 11,6 par 100 000 personnes en 2005. Ce taux est généralement plus élevé pour les tranches d'âge dans lesquelles se retrouvent les soldats, particulièrement chez les hommes qui constituent l'essentiel de l'effectif militaire. Chez les jeunes hommes de 20 à 24 ans, par exemple, le taux de suicide s'établissait à 20,1 pour 100 000.