![]() Cour suprême Jugement crucial sur la loi 101Mise à jour le jeudi 22 octobre 2009 à 16 h 38
La Cour suprême du Canada a invalidé jeudi des dispositions législatives visant à restreindre l'accès à l'école anglaise que le gouvernement du Québec a adoptées en 2002 pour colmater une brèche dans la loi 101. Ces dispositions, incluses dans la loi 104, visaient à empêcher des parents du Québec d'envoyer leurs enfants dans une école anglaise privée non subventionnée pendant une courte période de temps afin d'acquérir le droit de les envoyer dans des écoles anglaises subventionnées par la suite. Dans un jugement unanime, le plus haut tribunal du pays estime que le gouvernement du Québec a contrevenu à la Charte canadienne des droits et libertés en préconisant une solution sans nuance pour faire respecter un « choix politique valide ». L'approche législative choisie, juge-t-il, ne répond pas au critère d'atteinte minimale à un droit. « Les objectifs visés par les mesures adoptées par le législateur québécois sont suffisamment importants et légitimes pour justifier l'atteinte aux droits garantis, mais les moyens choisis ne sont pas proportionnels aux objectifs recherchés », peut-on lire dans le jugement. [...] « Le refus de prendre en compte le parcours d'un enfant dans une EPNS, imposé par l'alinéa 2 de l'article 73 de la Charte de la langue française, est total et sans nuance, et paraît excessif par rapport à la gravité du problème de l'accès quasi automatique aux écoles de la minorité linguistique par l'intermédiaire d'écoles passerelles. » Le jugement de la Cour suprême est toutefois suspendu pour un an, pour que le ministère de l'Éducation ait le temps d'adopter une autre approche. D'ici à ce que ce délai soit écoulé, seuls les cas de 24 enfants qui étaient devant les tribunaux à ce sujet devront être revus sur une base individuelle par le ministère. Un seul enfant au cas particulier devra recevoir un certificat d'admissibilité au réseau scolaire anglais de la part du ministère. L'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés stipule, au 2e paragraphe, que « les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction, au niveau primaire ou secondaire, en français ou en anglais au Canada ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction. » Extrait du jugementLa loi 104 comportait deux objectifs principaux. D'une part, elle visait à régler le problème des écoles passerelles et de l'élargissement des catégories d'ayants droit qu'entraînaient les inscriptions d'élèves dans ces institutions. D'autre part, et de façon plus générale, elle cherchait à protéger la langue française au Québec et à favoriser son épanouissement. Bien que la législature québécoise doive exécuter ses obligations constitutionnelles relatives aux droits à l'instruction dans la langue de la minorité sur son territoire, la règle fondamentale relative à la langue d'enseignement au Québec demeure. Le juge Louis Lebel fait toutefois une mise en garde à l'endroit des écoles dites passerelles, qui semblent parfois avoir été créées dans le seul but de qualifier artificiellement des enfants pour l'admission dans le système scolaire anglophone, qui est financé par les fonds publics. Une brèche dans la loi 101 Avant 2002, des parents envoyaient leurs enfants dans des écoles anglaises privées non subventionnées par le ministère de l'Éducation pendant une brève afin de pouvoir revendiquer le droit constitutionnel à l'enseignement en anglais dans le réseau public ou privé subventionné.
Les frères, les soeurs et les éventuels descendants d'un élève ayant ainsi obtenu le droit à un enseignement en anglais pouvaient à leur tour fréquenter en toute légalité une école anglaise au Québec. L'affaire avait soulevé un tollé, puisqu'elle permettait à des immigrants de contourner la loi 101, qui prévoit que leurs enfants doivent recevoir, sauf exception, un enseignement en français. Avec l'appui unanime de l'Assemblée nationale, le gouvernement péquiste de Bernard Landry a modifié l'article 73 de la Charte française, qui détermine qui a droit à un enseignement en anglais, afin d'exclure ce cas de figure. Ces amendements amenés par la loi 104 ont été contestés par les parents de 25 élèves, qui avaient choisi d'utiliser cette voie, ce qui a déclenché une longue saga judiciaire. Les parents ont été déboutés par le Tribunal administratif du Québec puis par la Cour supérieure, avant que la Cour d'appel du Québec ne leur donne raison en 2007. Le gouvernement Charest a conséquemment porté la cause en Cour suprême et obtenu un sursis d'exécution dans l'attente de la décision d'aujourd'hui. Dans leur bataille, les parents avaient le soutien financier de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec qui souhaite freiner le déclin de sa clientèle. Grâce au jugement, ces commissions s'attendent maintenant à accueillir 400 élèves de plus par année. Ce que dit l'article 73. Les articles invalidés sont en caractères gras73. Peuvent recevoir l'enseignement en anglais, à la demande de l'un de leurs parents: Les réactions à la décision de la Cour suprême ont été vives à Québec. Pour le détail.
audio-vidéo
Anne-Marie Dussault s'entretient avec Daniel L'Heureux du jugement de la Cour suprême.
Michel Viens s'entretient des conséquences juridiques du jugement avec Sébastien Grammond, constitutionnaliste et doyen de la Section de droit civil de la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa.
Julius Grey, avocat spécialiste des droits de la personne, commente la décision de la Cour suprême.
Isabelle Poulin s'entretient avec Louiselle Lévesque des conséquences du jugement.
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Loi 101: l'avenir du français
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