Abdelrazik de retour chez lui

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, La Presse Canadienne, Globe and Mail et Toronto Star
Abousfian Abdelrazik à son arrivée à l'aéroport de Toronto Abousfian Abdelrazik à son arrivée à l'aéroport de Toronto   © PC/Nathan Denette

Abousfian Abdelrazik est arrivé samedi tard en soirée à Montréal, après une escale à Toronto. Il revient au pays grâce à une injonction de la Cour fédérale, après six ans d'exil forcé au Soudan.

Après six années d'exil forcé au Soudan et plusieurs tentatives de retour avortées, Abousfian Abdelrazik est rentré au Canada. Après une escale à Toronto, le Montréalais d'origine soudanaise est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche dans la métropole québécoise, où l'attendaient sa belle-fille de 25 ans et sa fille de quinze ans.

Il a été accueilli dans le centre-ville par un petit groupe de quelque dizaines de sympathisants à sa cause, regroupés autour du comité Retour au bercail.

« Je suis vraiment heureux d'être revenu à la maison, dans cette jolie ville, avec les Canadiens. C'est grâce à vous que je suis ici. Merci pour tout. » — Abousfian Abdelrazik

Sa belle-fille, qui était du comité d'accueil, s'est déclarée soulagée.

« Ça fait déjà six ans son départ, alors je crois que les prochaines semaines vont servir à rétablir les liens familiaux et à reconstruire ce qu'on a manqué ces dernières années. » — Wafa Sahine
Un comité d'accueil attend Abousfian Abdelrazik à Montréal. Un comité d'accueil attend Abousfian Abdelrazik à Montréal.

« C'est un jour de victoire pour Abousfian, pour sa famille et pour le peuple », a déclaré plus tôt, à Toronto, son avocat Yavar Hameed qui l'a accompagné depuis son départ de Khartoum, vendredi.

Un responsable du ministère canadien des Affaires étrangères et deux agents de la GRC ont escorté M. Abdelrazik pendant le trajet.

La Cour fait la leçon à Ottawa

Le 18 juin dernier, Ottawa a annoncé qu'il se conformait à la décision de la Cour fédérale ordonnant le rapatriement d'Abousfian Abdelrazik. D'ailleurs, le juge cite M. Abdelrazik à comparaître d'ici le 7 juillet prochain.

Le gouvernement canadien a payé le billet d'avion du ressortissant canadien et s'est engagé à fournir les documents requis pour qu'il rentre à bon port.

La fin d'une mésaventureAbousfian Abdelrazik avait été arrêté et détenu en 2003 au Soudan, où il était allé rendre visite à sa mère. Libéré par la suite, il était retenu dans ce pays, car son nom figure sur la liste noire de l'ONU des personnes soupçonnées de terrorisme.

Depuis mai 2008, il vivait à l'ambassade du Canada à Khartoum, où il s'était réfugié. Il avait demandé un nouveau passeport afin de rentrer au Canada, mais les autorités canadiennes refusaient de délivrer le document, invoquant le fait qu'il figure sur la liste noire de l'ONU.

Le 4 juin dernier, la Cour fédérale a ordonné le rapatriement de M. Abdelrazik, estimant que ses droits avaient été bafoués.

Un dénouement non sans rebondissements

Me Hameed n'a cessé de craindre que des obstacles ne se dressent sur la route de son client sur le chemin du retour.

Le dernier rebondissement dans ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Abdelrazik est survenu mercredi. Un responsable américain s'est présenté à l'ambassade canadienne de Khartoum, où il a interrogé M. Abdelrazik.

Le département d'État américain affirme que le responsable était en visite à l'ambassade et qu'il s'apprêtait à quitter les lieux lorsqu'il a eu une brève conversation, informelle, avec M. Abdelrazik.

Longtemps le gouvernement canadien a refusé d'accorder un passeport à Abousfian Abdelrazik, parce que son nom figurait sur une liste de terroristes potentiels de l'ONU.

C'est une injonction de la Cour fédérale qui lui permet de rentrer au pays.

Les démêlés du ressortissant canadien avec Ottawa ne seront pas finis pour autant. Le gouvernement réclame à M. Abdelrazik les frais de son séjour à l'ambassade, soit un montant estimé entre 7000 $ et 8000 $.

Mais M. Abdelrazik est désormais un homme libre. Tant la Gendarmerie royale du Canada que le Service canadien du renseignement de sécurité ont indiqué qu'ils ne retenaient aucune preuve contre lui.