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PC/Fred Chartrand
La communauté médicale est de nouveau sous la menace d'une pénurie d'isotopes médicaux. L'arrêt, jeudi dernier, du réacteur nucléaire de Chalk River en Ontario pourrait faire sentir ses conséquences dès la semaine prochaine, selon la Société canadienne de médecine nucléaire (SCMN).
L'arrêt du réacteur nucléaire ontarien pour une période estimée de quatre semaines, à la suite de la découverte d'une fuite d'eau lourde, pourrait se traduire d'ici moins d'une semaine par une pénurie d'isotopes médicaux.
Son président Doug Abrams affirme que la SCMN cherchera sans tarder de nouvelles sources d'approvisionnement du côté de l'Europe. « Tout dépend de ce que l'on pourra trouver en Europe. Pour l'instant, la prochaine semaine et assurée, mais les trois semaines suivantes seront incertaines », a affirmé le Dr Abrams.
Énergie atomique Canada (EAC), qui a rendu public l'arrêt dans la nuit de lundi à mardi, a en effet précisé qu'elle ne pourrait plus répondre à la demande dès samedi.
Le Dr Abrams estime que l'ouest du pays sera moins touché par la pénurie, puisque les isotopes qu'on y utilise proviennent déjà en grande partie de l'Europe. La situation est par contre tout autre dans l'est du pays.
Des installations vieillissantes
Le réacteur, vieux de plus de 50 ans, a été mis hors service jeudi à la suite d'une panne d'électricité. Mais c'est la découverte, le lendemain, d'une fuite d'eau lourde qui est à l'origine de cet arrêt prolongé.
EAC estime que les travaux pour colmater la fuite prendront environ un mois. Elle soutient par ailleurs que la fuite est contrôlée et qu'il n'y a donc aucun risque pour les travailleurs, les citoyens et l'environnement.
Le réacteur produit la moitié des isotopes utilisés dans les appareils d'imagerie médicale dans le monde.
Une pomme de discorde
Linda Keen, ancienne présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire
Ce n'est pas la première fois que le réacteur vieillissant attire l'attention des médias.
En novembre 2007, un problème détecté dans le système d'alimentation d'urgence avait décidé la Commission canadienne de sûreté nucléaire à ordonner sa fermeture. Cette décision, motivée par des questions de sécurité, avait empêché un redémarrage rapide du réacteur, entraînant une pénurie d'isotopes.
Le réacteur demeura à l'arrêt plusieurs jours, jusqu'à ce que le gouvernement infirme par une loi la décision de la commission. Le premier ministre Stephen Harper avait à l'époque insisté sur le fait qu'il n'y avait aucun risque d'incident nucléaire.
Cette crise a entraîné la démission du patron d'EAC, Michael Burns, un proche des conservateurs. Peu de temps après, le gouvernement Harper forçait à la démission Linda Keen, présidente de la Commission, pour s'être opposé au redémarrage du réacteur.
Un comité d'expert mis sur pied par le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, avait conclu en mai 2008, dans un rapport, qu'il était impératif de construire d'autres installations capables de fournir le pays en isotopes. Selon le Dr Abram, de la SCMN, ce nouvel arrêt ne fait que souligner davantage le caractère urgent de cette recommandation.