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National Pertes à la Caisse de dépôt

L'impasse persiste à Québec

Mise à jour le jeudi 5 mars 2009 à 17 h 58

Caisse de dépôt et de placement du Québec

Photo: La Presse Canadienne /Ryan Remiorz

Les Québécois qui souhaitent la tenue d'une commission parlementaire portant sur les pertes de 39,8 milliards de dollars subies l'an dernier par la Caisse de dépôt et placement du Québec en sont quittes pour un bras de fer politique portant sur la nature de l'exercice.

La ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, a annoncé mercredi qu'il n'y aura pas de commission parlementaire spéciale à ce sujet, mais cela ne semble pas pour autant avoir modifié les positions respectives du PLQ et du PQ.

Jeudi, le gouvernement a réitéré qu'il est en faveur d'une commission parlementaire de deux jours, dès la semaine prochaine si possible, afin que les parlementaires aient l'occasion de se pencher sur la gestion de la Caisse. Mais il refuse toujours que Mme Jérôme-Forget y témoigne, comme l'exige l'opposition officielle.

Le Parti québécois soutient pour sa part qu'il a déjà fait un compromis en acceptant que le premier ministre Jean Charest ne soit pas entendu par une éventuelle commission. Il maintient toutefois que la commission doit se pencher sur la mission confiée par le gouvernement à la Caisse, et qu'elle ne peut faire un débat de fond à ce sujet sans que la ministre responsable vienne témoigner.

Robert Tessier à la barre du C.A. de la Caisse

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a annoncé jeudi la nomination de Robert Tessier à la tête du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Lisez notre article à ce sujet.

Dupuis catégorique

Jacques Dupuis, ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Québec

Le ministre Jacques Dupuis

En entrevue au Réseau de l'information, le leader du gouvernement en Chambre, Jacques Dupuis, a réitéré que le gouvernement veut que la commission des finances publiques de l'Assemblée nationale se réunisse pendant deux jours pour entendre notamment l'ancien président-directeur général de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, et l'ancien président du conseil d'administration, Pierre Brunet.

« Faisons d'abord cette commission parlementaire là, faisons le débat sur la gestion de la Caisse, posons les questions qu'il faut aux dirigeants. On entre en Chambre le 10 mars. À ce moment-là, en Chambre, les partis d'opposition pourront poser toutes les questions qu'ils veulent à la fois au premier ministre, à la ministre des Finances et à l'étude des crédits, au mois d'avril et de mai, on pourra aussi faire le débat à ce moment-là », plaide M. Dupuis.

Le leader du gouvernement en Chambre soutient que cette façon de faire déplaît au Parti québécois pour des raisons politiques. Selon lui, le porte-parole du PQ en matière d'économie et de finances, François Legault, « sait très bien que, si les dirigeants de la Caisse sont entendus en commission parlementaire, ils vont dire trois choses: premièrement, il n'y a jamais eu d'ingérence politique à la Caisse, deuxièmement, on ne pouvait pas avoir les chiffres en décembre parce que les chiffres ont été obtenus par la Caisse elle-même en janvier, et troisièmement, la Caisse va admettre qu'elle a commis une erreur en ce qui concerne les papiers commerciaux ».

Le PQ tient à la présence de Forget

François Legault, porte-parole péquiste en matière de finances

Le député péquiste François Legault

Interrogé lui aussi sur les ondes du Réseau de l'information, M. Legault a dit espérer qu'un compromis soit toujours possible. Il a toutefois répété que la présence de Mme Jérôme-Forget est nécessaire. « Nous, ce qu'on veut, c'est discuter de l'ensemble de la question, incluant bien sûr le mandat, la mission qu'on donne aux dirigeants de la Caisse », a-t-il expliqué.

« Donc, ce qu'on demande, c'est deux choses bien simples. D'abord, d'avoir toutes les informations possibles. Actuellement, on ne sait pas pour l'année 2008 quels sont les investissements qui ont été faits par la Caisse au Québec. Et deuxièmement, on demande que tous les acteurs soient convoqués, incluant les représentants du gouvernement. Ce sont eux qui donnent le mandat à la Caisse, nomment les dirigeants, nomment les administrateurs », fait valoir M. Legault.

Selon le porte-parole péquiste, il est crucial d'aller au fond des choses et de s'interroger sur le changement de mission imposé par le gouvernement à la Caisse. En 2004, a-t-il rappelé, le gouvernement a demandé à la Caisse de se concentrer sur le rendement plutôt que sur les investissements au Québec.

« Entre 2003 et 2007, le pourcentage des actifs investis au Québec est passé de 32% à 17 %. Ce qu'on voit dans les analyses de rendement qui nous ont été faites la semaine dernière, c'est que depuis 5 ans, lorsque la Caisse investit à l'étranger, elle fait moins bien que le marché, et lorsqu'elle investit au Québec, elle fait mieux que le marché. » Se contenter d'interroger la ministre en Chambre à ce sujet ne tient pas la route, dit-il. Ces questions sont limitées à 30 ou 60 secondes, ce qui ne permet pas de vider le sujet.

Pour le moment, aucune commission parlementaire n'est prévue à l'horaire. L'ex-PDG de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, doit toutefois parler de ce qui s'est passé lors d'une allocution devant la Chambre de commerce de Montréal lundi prochain. M. Legault a dit être surpris que le président de la Chambre, Michel Leblanc, « qui est très près du Parti libéral », ait accepté de participer à ce qu'il a qualifié « d'opération marketing » et de « spectacle ».

Les demandes de l'ADQ

François Bonnardel, député adéquiste de Shefford

Le député adéquiste François Bonnardel (archives)

De son côté, l'Action démocratique du Québec souhaite entendre les gestionnaires de la Caisse de dépôt le plus rapidement possible, et plaide pour que le vérificateur général du Québec enquête sur les pertes historiques de l'institution.

« Aujourd'hui, on est prêt à mettre de l'eau dans notre vin et mettre de côté [l'idée de faire comparaître] Mme Jérôme-Forget et utiliser les outils parlementaires pour [...] la questionner au cours des prochains jours », affirme le député adéquiste de Shefford, François Bonnardel, qui est membre de la commission parlementaire des finances publiques.

M. Bonnardel dit espérer que le président de la commission, le libéral Alain Paquet, donne signe de vie au cours des prochaines heures afin que les négociations reprennent. L'ADQ, affirme celui qui est pressenti pour succéder au chef démissionnaire Mario Dumont, exige toutefois que les membres de la commission soient correctement informés avant d'entreprendre d'éventuels travaux.

« On demande le rapport annuel de la Caisse de dépôt, qui est prêt et qui va être déposé dans les prochains jours, on demande le rapport sur la gestion de risques de Price Waterhouse, on demande la politique de rémunération qui a amené M. Rousseau à recevoir énormément d'argent dans les années 2006-2007, les actifs investis au Québec dans les dernières années. On veut être outillé pour que les élus que nous sommes soient capables de faire un travail adéquat et avec rigueur », affirme M. Bonnardel.

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