L'avenir de la mission en Afghanistan



L'état des lieux

Quelque 2700 soldats canadiens sont actuellement déployés dans la province de Kandahar, en Afghanistan, pour combattre les talibans et ainsi assurer la sécurité de l'administration du président Hamid Karzaï. La mission canadienne fait partie de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN.

Un officier canadien montre à des soldats afghans comment manier un fusil d'assaut. Un officier canadien montre à des soldats afghans comment manier un fusil d'assaut.   © PC/Murray Brewster

Pas moins de 108 soldats canadiens ont perdu la vie depuis le début de la mission, ce qui fait du Canada le pays le plus éprouvé après les États-Unis et les Britanniques. Les Pays-Bas constituent l'autre pays qui a déployé des troupes dans une zone à haut risque, dans le sud du pays.

Les Américains comptent environ 30 000 militaires en Afghanistan, dont un certain nombre opèrent à l'extérieur du giron de l'OTAN. De l'avis même de l'émissaire de Barack Obama pour l'Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, ramener la paix et la stabilité en Afghanistan sera bien plus difficile qu'en Irak. Pour l'heure, l'administration Karzaï n'a d'autorité que sur la capitale Kaboul, où de récents attentats aussi audacieux que meurtriers prouvent les ambitions des insurgés.

Le problème

Barack Obama ne cesse d'affirmer que l'Afghanistan est l'épicentre de la lutte contre les extrémistes qui se réclament de l'Islam. Il compte déployer jusqu'à 30 000 soldats supplémentaires dans le pays au cours des prochains mois. Il est également attendu qu'il demandera aux alliés de l'OTAN d'accroître eux aussi leur effort de guerre. Ces demandes sont pour l'essentiel demeurées lettre morte pendant les années Bush. Obama compte sur le capital de sympathie dont il bénéficie dans le monde pour renverser la vapeur.

Or, en mars 2008, le Parlement canadien a approuvé une résolution prévoyant que la mission canadienne se poursuivra jusqu'en juillet 2011 et que les troupes quitteront graduellement le pays à compter de cette date. L'aspect militaire de la mission se terminera donc le 31 décembre 2011, mais il n'est pas exclu qu'une autre forme d'engagement soit préconisée.

Les conservateurs se sont engagés à respecter cette promesse dans leur plateforme électorale, et le premier ministre Harper l'a d'ailleurs affirmé haut et fort lors de la campagne. Son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, l'a aussi répété, tout comme son collègue à la Défense, Peter McKay.

Derniers développements

Le 17 février, le président Obama a autorisé l'envoi de 17 000 soldats supplémentaires en Afghanistan d'ici l'été, soit une nouvelle brigade de 9000 hommes et de 8000 Marines. Cette décision, a-t-il dit, est « nécessaire pour stabiliser la situation en Afghanistan ». Il n'exclut pas d'envoyer d'autres renforts, mais une décision à ce sujet attendra qu'une révision complète de la politique américaine envers le pays soit terminée.

En entrevue à CBC, le président Obama a déclaré: « Je suis convaincu que l'on ne peut résoudre la question afghane, ni [freiner] les talibans et l'expansion de l'extrémisme par la seule voie militaire. Nous devons avoir recours à la diplomatie et au développement. Mon espoir est que dans le cadre de conversations que j'aurai avec le premier ministre Harper, lui et moi finirons par reconnaître l'importance d'avoir une stratégie globale que les Américains et les Canadiens pourront appuyer ».

Il a refusé de répondre directement lorsqu'on lui a demandé s'il entendait demander un effort supplémentaire de la part du Canada. Il a dit être au courant de la décision du Parlement au sujet de la mission de combat, et a affirmé qu'il était important que les Canadiens aient le sentiment que la mission afghane donne des résultats.

« À l'évidence, je vais continuer à demander à d'autres pays de contribuer à réfléchir sur la manière dont nous aborderons ce problème. Mais je n'ai pas une demande spécifique en poche que je vais présenter lors de nos rencontres. » — Barack Obama, en entrevue à CBC

Le ministre canadien de la Défense nationale, Peter MacKay, le chef d'état-major canadien, le général Walter Natynczyk, et le chef d'état-major interarmées des États-Unis, l'amiral Michael Mullen, se sont pour leur part rencontrés à Ottawa le 10 février pour discuter de la situation en Afghanistan.

L'amiral Mullen s'est lui aussi gardé d'évoquer le sujet sensible d'une possible prolongation de la mission canadienne, tout en admettant qu'une contribution canadienne aux efforts américains serait la bienvenue. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, avait dit la même chose en décembre 2008.