![]() National En profondeur
Mise à jour le vendredi 20 février 2009 à 14 h 14 Intérêts énergétiques communs
Selon Ottawa, le Canada fournit 9 % de la demande énergétique américaine (pétrole, gaz naturel, uranium et électricité), ce qui en fait le plus important fournisseur d'énergie des États-Unis. Les firmes canadiennes fournissent 18 % des importations américaines de pétrole, soit 2,4 millions de barils de produits pétroliers par jour. La moitié de ces barils proviennent des sables bitumineux de l'Alberta.
Ces exportations dans le domaine de l'énergie atteignent 70 milliards de dollars, selon Exportation et développement Canada, ce qui en fait le secteur d'exportation aux États-Unis le plus payant pour le Canada, devant le secteur automobile. Ces exportations ont crû de 7,4 % en moyenne entre 2005 et 2007. Le Canada fournit aussi 85 % des importations de gaz naturel des États-Unis et environ 33 % de ses importations de l'uranium utilisé dans les centrales nucléaires. Les réseaux d'électricité des deux pays sont largement intégrés, comme l'a rappelé la mégapanne d'électricité d'août 2003, et les deux pays se fournissent la quasi-totalité de leurs importations respectives. Le problème Dans son programme électoral, Barack Obama a proposé de réduire la dépendance des États-Unis envers le pétrole étranger et d'investir des milliards de dollars dans des projets de développement de sources d'énergie renouvelables. L'objectif est de réduire la consommation d'électricité des États-Unis de 15 % d'ici 2020 et d'accroître la sécurité énergétique des États-Unis. Lorsqu'il parle du pétrole étranger, le président Obama vise d'abord et avant tout les pays du Moyen-Orient et du golfe Persique, le Venezuela et la Russie. Comme il s'oppose au forage pétrolier au large des côtes américaines, préconisé par le président Bush, il peut difficilement assurer la sécurité énergétique des États-Unis en se passant du pétrole canadien, du moins à court terme. Le problème pour le gouvernement canadien réside dans les termes de ces échanges. En décembre 2007, le Congrès a adopté l'Energy and Security Independence Act, dont l'article 526 stipule que le gouvernement américain ne peut acheter de « carburants synthétiques, non traditionnels ou de remplacement émettant plus d'émissions contribuant au réchauffement de la planète que les carburants traditionnels ». Il interdit au gouvernement et à l'armée d'utiliser de l'argent public pour acheter des carburants « sales », comme celui qui provient des sables bitumineux. Le président Obama souhaite en outre implanter un système d'échange de crédits d'émissions de gaz à effet de serre, dont l'industrie pétrolière canadienne ne pourra que faire les frais. On ne sait pas précisément ce que l'avenir réserve à ce sujet. L'équipe environnementale de la nouvelle administration américaine a été qualifiée de Green Dream Team par les médias, et certains de ses membres ont fait des déclarations jugées inquiétantes par l'industrie. Lors de la campagne présidentielle, un conseiller du président Obama en matière d'énergie, Jason Grumet, a déclaré par exemple que, si « la seule façon de produire ces ressources [énergétiques] a un impact important sur le réchauffement planétaire, alors nous ne croyons pas qu'elles pourront jouer un rôle à long terme ». M. Obama a lui-même déclaré qu'il voulait soustraire les États-Unis de l'approvisionnement en pétrole « sale, onéreux », et dont les réserves s'épuisent. Le président américain a toutefois choisi James Jones au poste névralgique de conseiller à la sécurité nationale. Il a expliqué avoir basé son choix sur le fait que M. Jones comprend bien « le lien entre l'énergie et la sécurité nationale ». Avant d'être nommé, James Jones était le président de l'Institut de l'énergie de la Chambre de commerce américaine, dont l'objectif était d'assurer que l'approvisionnement énergétique du pays était « fiable », une caractéristique qui sied bien davantage au Canada qu'à des pays qui sont en conflit avec les États-Unis, comme le Venezuela ou la Russie. François Messier s'est entretenu avec André Plourde, professeur d'économie à l'Université de l'Alberta et spécialiste des questions énergétiques. Il lui a d'abord demandé si les questions énergétiques et environnementales étaient indissociables. Derniers développements Lors d'une entrevue accordée à CBC le 17 février, le président Obama a ménagé la chèvre et le chou lorsque Peter Mansbridge l'a interrogé au sujet des sables bitumineux. Il a admis d'emblée que le processus d'extraction génère beaucoup de dioxyde de carbone (a big carbon footprint) et qu'il importe que l'énergie nécessaire à la croissance économique n'accélère pas le processus de réchauffement planétaire. Il a toutefois enchaîné en précisant que le problème pourrait être résolu grâce à des avancées technologiques, notamment la séquestration géologique du CO2. Le Canada et les États-Unis, a-t-il dit, peuvent collaborer à ce sujet. Le procédé de séquestration du carbone, a-t-il ajouté, peut aussi s'appliquer à l'exploitation du charbon. La pression pour limiter les émissions de gaz à effet de serre de l'industrie des sables bitumineux ne provient pas que des États-Unis. Une semaine avant l'assermentation du président Obama, des groupes environnementaux canadiens, dont la Fondation David Suzuki, l'Institut Pembina et le Sierra Club du Canada, lui ont envoyé une lettre pour le mettre en garde contre les intentions alléguées du gouvernement canadien en la matière. Le groupe dit encourager la création d'un système continental de crédits d'émissions, mais prévient que l'intégrité d'un tel système « serait entièrement compromise s'il devait exclure la production de pétrole à haute teneur en carbone extrait des sables bitumineux, ce qui, de l'avis de plusieurs, explique l'ouverture [du gouvernement canadien] ». Le gouvernement de l'Alberta a pour sa part dévoilé le 12 février dernier sa stratégie de développement des sables bitumineux pour les 20 prochaines années. Le plan, qui vise à maximiser le développement de l'industrie, souligne l'importance de diminuer les impacts néfastes sur l'environnement, sans trop donner de détails. Le gouvernement Stelmach dément que le dévoilement du rapport ait un lien avec la visite du président Obama. Console Audio-vidéo
|