La frontière: commerce et sécurité



L'état des lieux

Les États-Unis sont le plus gros client et le plus gros fournisseur du Canada, et l'inverse est aussi vrai. Les exportations canadiennes de biens et services au sud de la frontière ont atteint 392 milliards de dollars (74 % des exportations canadiennes totales), ce qui équivaut à 26 % de notre produit intérieur brut. Nos importations ont atteint 318 milliards (63 % des importations canadiennes totales). Les firmes américaines nous expédient pour leur part environ 20 % de leurs exportations et achètent au Canada un peu plus de 15 % de leurs importations.

Le pont Ambassador, qui relie Windsor et Detroit, est le principal point de passage pour les échanges transfrontaliers. Le pont Ambassador, qui relie Windsor et Detroit, est le principal point de passage pour les échanges transfrontaliers.   © PC/Jason Kryk

Selon Ottawa, un quart du commerce transfrontalier concerne les véhicules automobiles et les pièces de véhicule. En 2007, les exportations canadiennes dans ce secteur équivalaient à près de 67 milliards de dollars, selon Exportation et développement Canada.

Or, le secteur automobile vit actuellement de graves difficultés financières. Washington a offert une aide conditionnelle de 13,4 milliards de dollars à General Motors et à Chrysler. Ottawa a pour sa part offert aux deux firmes 2,7 milliards de dollars sous forme de prêts remboursables.

Les investissements effectués de part et d'autre de la frontière, qui s'étend sur 8900 kilomètres, sont également considérables. Les entreprises américaines ont investi 289 milliards de dollars au pays en 2007, soit 58 % de toutes les sommes investies au pays depuis l'étranger. Les entreprises canadiennes ont pour leur part investi 226 milliards de dollars au sud du 49e parallèle, ce qui équivaut à 44 % de tous leurs investissements étrangers.

Selon Ottawa, ces échanges commerciaux ont augmenté à un rythme de 6 % annuellement depuis la signature de l'Accord de libre-échange nord-américain. Des millions d'emplois de part et d'autre du 49e parallèle dépendent du bon fonctionnement de cette relation. Cette croissance est menacée par deux tendances de fond: la montée du protectionnisme américain et les mesures de sécurité adoptées par Washington dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Le problème

Au Canada, le verdict est clair: ces mesures de sécurité ont nui à la fluidité du commerce transfrontalier. Dans une entrevue accordée en janvier 2008 à la revue Options politiques, le premier ministre Stephen Harper estimait lui-même que cette situation, combinée à un vent de protectionnisme qui souffle aux États-Unis, constituait un sérieux problème.

« Nous voyons une protection accrue à la frontière pour des raisons de sécurité, ou justifiée par des critères de sécurité, parfois, pas tout le temps, qui masque un sentiment protectionniste que nous jugeons inquiétant. Et nous croyons - à l'instar de la communauté d'affaires américaine, soit dit en passant - que cela ne répond pas très bien aux intérêts des deux pays », indiquait le premier ministre. Stephen Harper disait alors qu'il attendait l'occasion « d'un nouveau départ avec une nouvelle administration ».

Selon des chercheurs consultés pour le compte de la Norman Paterson School of International Affairs de l'Université Carleton, les nouveaux coûts entraînés par ces mesures équivalent à 2 % ou 3 % de l'ensemble des échanges. Les méthodes d'inspection et les nombreuses différences entre les règlements nationaux nuisent considérablement à la fluidité des échanges commerciaux, indiquent les chercheurs.

Deux anciens ambassadeurs canadiens aux États-Unis, Michael Kergin et Allan Gotlieb, en arrivent à la même conclusion. Dans un article publié dans le Globe and Mail en janvier, ils concluaient que la question cruciale pour les Canadiens était la suivante: « Peut-on parvenir à un meilleur équilibre entre les mesures de sécurité requises pour protéger nos citoyens de terroristes et de criminels et le besoin de faciliter la fluidité des échanges commerciaux qui sont cruciaux pour la compétitivité de nos pays dans un marché mondial? »

Développement récents

Les récentes négociations entourant le plan de relance économique du président Obama ont prouvé que la montée du protectionnisme pouvait se concrétiser. Les démocrates de la Chambre des représentants ont inclus dans le projet une clause Buy American, stipulant que l'acier et le fer utilisés dans les projets d'infrastructures devaient être produits, sauf exception, aux États-Unis.

L'affaire a entraîné les protestations de nombreux pays, dont le Canada. Après l'intervention du président à ce sujet, le Sénat, qui considérait jusque-là une disposition encore plus sévère de la clause, l'a finalement édulcorée. Le projet de loi interdit maintenant toute entorse « aux obligations contractées par les États-Unis dans le cadre d'accords internationaux ».

Les deux hommes parleront aussi assurément de la crise de l'industrie automobile nord-américaine. À l'avant-veille de son arrivée à Ottawa, General Motors a dit avoir besoin de 16,6 milliards de dollars supplémentaires pour survivre. Chrysler réclame 5 milliards de plus au Trésor américain.

Les géants américains de l'automobile ont fait ces demandes en dévoilant le plan de restructuration exigé par Washington en échange de prêts consentis par l'État pour éviter la faillite. GM a déjà reçu 13,4 milliards de Washington en décembre dernier, et Chrysler a obtenu 4 milliards. Ford a décliné l'offre.

Les géants nord-américains de l'automobile, dont GM, doivent présenter le volet canadien de leur plan de restructuration vendredi, à Ottawa. Ottawa a offert 2,7 millions de dollars aux deux constructeurs, selon des conditions qui ressembleront à celles demandées aux États-Unis. Le gouvernement ontarien doit ajouter 1,3 milliard à cette somme.

Sources: Statistique Canada, Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, Exportation et développement Canada, Ambassade du Canada à Washington.