De l'importance des relations personnelles

La plupart des observateurs estiment que le séjour du président Obama au Canada, le seul qu'il doit effectuer d'ici le sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN, en avril, à Strasbourg, ne débouchera pas sur grand-chose de tangible. Les deux hommes profitent essentiellement de l'occasion pour tisser des liens, et cela n'est pas négligeable.

« Les relations personnelles ont de l'importance. Elles peuvent faire une différence. » — L'ex-ambassadeur américain au Canada, David Wilkins
Barack Obama passera un peu plus de six heures à Ottawa. Barack Obama passera un peu plus de six heures à Ottawa.   © PC/Ap/Charles Dharapak

Dans une entrevue accordée au Toronto Star en janvier, tout juste avant qu'il ne plie bagage, l'ex-ambassadeur américain au Canada, David Wilkins, a soutenu que MM. Bush et Harper avaient réussi à établir une relation « cordiale et respectueuse », et que cela a joué un rôle dans le règlement du conflit sur le bois d'oeuvre.

L'ambassadeur raconte que les deux hommes se sont entendus pour régler le différend qui empoisonnait les relations entre les deux pays depuis plusieurs années, lors d'un sommet des leaders nord-américains tenu à Cancun en mars 2006.

À cette occasion, relate M. Wilkins, les deux hommes ont effectué un tour d'hélicoptère avant de tenir une rencontre bilatérale au terme de laquelle il a immédiatement senti le vent tourner. « [Le président Bush] a dit: "Je veux voir la représentante américaine au commerce, [à l'époque, Susan Schwab], dans mon bureau, la semaine prochaine". Il avait décidé de s'en mêler. Trois mois plus tard, l'affaire était résolue. »

François Messier s'est entretenu avec David Biette, directeur de l'Institut du Canada, au Centre de recherche international Woodrow Wilson de Washington et ex-consul général du Canada à New York. Il lui a d'abord demandé ce que le président Obama cherchait à accomplir avec cette visite au Canada.

Une « véritable valeur ajoutée »

Cette analyse est partagée par Joe Clark, ancien ministre des Affaires étrangères de Brian Mulroney, dont le mandat a été marqué par les excellentes relations qu'entretenait son patron avec le président Ronald Reagan. « Si les deux leaders établissent un bon rapport et s'apprécient, ça se sait dans tout le système officiel », a-t-il récemment déclaré au Ottawa Citizen.

« Cela signifie que le plus petit pays, le Canada, reçoit plus de considération que ce qu'il devrait. Ça ne veut pas dire que nous gagnerons nos causes plus souvent, mais ça améliore nos chances d'être entendus. Le lien humain n'est pas essentiel à des relations efficaces, mais ça constitue une véritable valeur ajoutée », conclut Joe Clark.

Chose certaine, le premier contact entre Barack Obama et Stephen Harper ne fut pas des plus heureux. Il est survenu après qu'une note diplomatique canadienne divulguée aux médias eut avancé que la volonté d'Obama de renégocier au besoin l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ne répondait qu'à des intérêts politiques, et non à une volonté réelle. M. Obama, qui était alors au coeur d'une lutte de tous les instants avec Hillary Clinton pour l'investiture démocrate, n'avait pas apprécié, et M. Harper lui avait alors téléphoné pour s'excuser.

Le premier ministre a également appelé le président américain dans les jours qui ont suivi son élection afin de le féliciter et de l'inviter au Canada.