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National Contrôle de l'amiante

L'obstruction d'Ottawa dénoncée par des médecins

Mise à jour le mercredi 22 octobre 2008 à 11 h 57

Amiante

(archives)

Un éditorial du Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) dénonce avec vigueur la position du gouvernement canadien sur la question du commerce mondial de l'amiante, une position qui, selon les trois auteurs, est honteuse.

L'article signé par Amir Attaran, chercheur en droit et santé publique à l'Université d'Ottawa, David R. Boyd, de l'Université Simon Fraser, et Matthew B. Stanbrook, éditeur adjoint au JAMC, déplore que le Canada, afin de protéger son industrie nationale de l'amiante, adopte des postures morales dignes des fabricants de cigarettes et des marchands d'armes.

En effet, même si le gouvernement canadien reconnaît que l'amiante chrysotile est cancérigène, à l'instar de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'ONU, son ministère des Affaires étrangères et du Commerce international persiste à atténuer la portée de cette réalité en soutenant que « le chrysotile est un cancérigène de moindre puissance et que, de ce fait, il pose un moindre risque pour la santé ».

Le gouvernement du Canada semble avoir calculé qu'il est préférable pour l'industrie de l'amiante du Canada d'agir dans l'ombre comme les marchands d'armes, sans égard aux conséquences mortelles.

— Amir Attaran, David R. Boyd et Matthew B. Stanbrook

En fait, soulignent les auteurs, l'argument employé par les fonctionnaires fédéraux est similaire à celui avancé par les cigarettiers, qui prétendent que les cigarettes « légères » sont moins nocives pour la santé des fumeurs.

Commerce mondial de l'amiante

L'éditorial demande également au Canada de ne pas s'opposer, encore une fois, la semaine prochaine, à l'inclusion de l'amiante chrysotile sur la liste mondiale des substances dangereuses régie par la Convention de Rotterdam.

Cette convention internationale ne vise pas à interdire le commerce de substances dangereuses, mais tout simplement à assurer la transparence et le partage d'informations sur les risques potentiels des produits visés par le document.

Le Canada ne souhaiterait pas être lié à cette convention afin de protéger ses exportations d'amiante vers des pays en développement et des pays pauvres. Le Canada exporte 96 % de tout son amiante.

Pour les auteurs, cette position « pue l'hypocrisie », puisque « le Canada a limité l'utilisation de l'amiante afin d'éviter d'exposer les Canadiens au danger, mais il demeure le deuxième exportateur d'amiante en importance au monde ».

Et pour défendre cette industrie, qui emploie quelque 700 personnes au Québec, le gouvernement canadien s'est allié à des partenaires tels que l'Iran, la Russie, le Zimbabwe ou le Kirghizistan.

Toujours selon l'article, le Cabinet du premier ministre Harper aurait interdit de publier les conclusions, rendues voilà six mois, d'une vaste étude commandée par Santé Canada sur les risques posés par l'exposition à l'amiante chrysotile.

Les auteurs, qui déplorent le mutisme d'Ottawa sur le mandat des fonctionnaires fédéraux qui participeront la semaine prochaine aux pourparlers de la Convention de Rotterdam, exigent que le gouvernement canadien cesse « sur-le-champ de s'opposer à l'inscription du chrysotile aux processus de notification et de consentement prévus dans la Convention de Rotterdam ».

L'industrie réagit

À la veille de cette conférence internationale sur le commerce des produits dangereux, l'industrie québécoise de l'amiante chrysotile se dit victime d'une « campagne de salissage ». En effet, ce minéral fera vraisemblablement l'objet de débats.

Presque tous les pays occidentaux souhaitent que le chrysotile soit inscrit, avec les autres sortes d'amiante, sur la liste des substances dont l'exportation est encadrée par la Convention de Rotterdam.

Or, selon le président de l'Institut du chrysotile, Clément Godbout, aucun nouveau fait scientifique ne peut justifier un tel changement de direction.

En entrevue à la Presse canadienne, il a qualifié de « charge à fond de train » le contenu de l'éditorial publié dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Jusqu'à maintenant, le Canada s'est toujours opposé à ce que le type d'amiante que l'on trouve au Québec soit ajouté à la liste. Sa position pour la prochaine rencontre n'est pas encore connue. Elle aura lieu du 27 au 31 octobre à Rome.

Le Canada est le deuxième plus important producteur de ce minéral au monde. Même si l'industrie vit des moments difficiles, elle permet de faire vivre environ 700 personnes dans le Centre-du-Québec.

Radio-Canada.ca avec Presse canadienne, The Globe and Mail et Journal de l'Association médicale canadienne

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