L'ancien ministre de la Santé du Québec Philippe Couillard ne croit pas qu'il viole l'esprit de la loi sur le lobbyisme en s'associant à un fonds d'investissement privé en santé, moins de deux mois après avoir quitté son poste.
L'ex-ministre de la Santé du Québec Philippe Couillard se défend de violer l'esprit de la loi sur le lobbyisme en s'associant à l'entreprise privée Groupe santé Medisys.
Philippe Couillard
Après avoir confirmé lundi son statut de partenaire de la firme Persistence Capital Partners (PCP), qui injectera des capitaux dans des cliniques de santé privées au Canada, il a dû défendre sa décision. Il a souligné qu'il ne pourra pas tenter d'influencer les décideurs québécois pendant les deux prochaines années, en vertu des dispositions de la Loi sur l'éthique en matière de lobbyisme.
Le Parti québécois, lui, se dit loin d'être rassuré. Le député Bernard Drainville a exprimé son profond malaise en déclarant que M. Couillard aurait pu « se garder une petite gêne », et attendre deux ans avant de s'impliquer directement dans le secteur privé de la santé. Le PQ croit que les developpements récents du privé sous la gouverne de Philippe Couillard l'ont peut-être préparé à cette sortie douteuse.
Il s'inquiète des problemes éthiques potentiels, car l'ancien ministre détient des informations privilégiées, ce qui implique que la Loi sur l'éthique pourra facilement être contournée.
Mais M. Couillard a déclaré à la Presse Canadienne qu'il n'avait plus accès aux informations internes du ministère de la Santé.
Il a dit qu'il avait été embauché pour sa compréhension des tendances des systèmes de santé au pays. Il a soutenu qu'il respecterait les règles régissant ses activités après son passage en politique.
De son côté, l'opposition officielle, l'Action démocratique du Québec (ADQ), estime que Philippe Couillard cautionne la position de l'ADQ sur la place du privé en santé. L'ADQ a toujours soutenu qu'il fallait un système de santé mixte, et ne s'inquiète pas des conséquences éthiques de cette décision.
La Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme empêche un ancien ministre de faire des représentations auprès de son ex-ministère et de ses organismes durant deux ans après avoir quitté son poste.
Alain Vadeboncoeur, membre de Médecins canadiens pour un régime public
De son côté, le Dr Alain Vadeboncoeur, de Médecins canadiens pour un régime public, trouve curieux que M. Couillard annonce sa décision le lendemain même de la diffusion de la Déclaration de Montréal, ce plaidoyer pour le maintien et l'amélioration du régime public de soins de santé, signé par une trentaine de personnalités médicales.
« Comme individu, chacun est libre d'aller où il veut, ce qui m'embête, enfin, je suis déçu. Mais ce qui m'embête un peu c'est qu'il avait ouvert les portes, mais en essayant quand même de baliser l'entrée du privé. Et je trouve que ça envoie un message particulier à la population », a déclaré le Dr Vadeboncoeur à RDI.
Philippe Couillard
Philippe Couillard a occupé le poste de ministre de la Santé du Québec de 2003 à 2008. Il a déjà été pressenti pour succéder à Jean Charest à la tête du Parti libéral.
L'ex-ministre oeuvrera chez Persistence Capital Partners (PCP) à titre d'associé et de partenaire, et participera donc à la définition des choix stratégiques et aux décisions d'investissement.
Sur les ondes de Radio-Canada, il s'est refusé à voir dans ce choix une critique sans merci du secteur public.
Il a donné l'exemple des ententes orchestrées par Québec, alors qu'il était ministre, entre des hôpitaux et des cliniques privées, qui permettent aux patients d'obtenir des soins au privé, entièrement couverts par la carte d'assurance-maladie.
Philippe Couillard ne semble pas croire que le privé puisse poser de risque en allant recruter une partie de son personnel dans un système de santé public déjà exsangue, du moment que le tout est bien balisé et encadré.
Il a par ailleurs souligné que le privé côtoie le public partout en Occident dans des cadres qui, estime-t-il, ont fait leurs preuves.
L'ex-ministre estime que le privé doit être vu comme un partenaire des systèmes de santé publics, jusqu'ici trop rigides.