Harper et les autres

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Omar Khadr, lors de l'interrogatoire mené par le SCRS. Omar Khadr, lors de l'interrogatoire mené par le SCRS.   © PC/Extrait de la vidéo du SCRS

Ottawa ne semble pas avoir été ému outre mesure par la diffusion sur Internet de plus de sept heures d'enregistrement de l'interrogatoire subi par Omar Khadr aux mains du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) dans la prison militaire américaine de Guantanamo, à Cuba.

Ottawa demeure imperturbable devant les images de l'interrogatoire subi par le jeune Canadien à la prison militaire américaine de Guantanamo.

Le bureau du ministre des Affaires étrangères, David Emerson, s'est borné à réitérer ce que le premier ministre Stephen Harper avait lui-même déclaré la semaine dernière lors de sa visite au Japon pour le sommet du G8, à savoir que le jeune citoyen canadien est engagé dans un processus qui doit se poursuivre.

Le fait qu'Omar Khadr n'ait été âgé que de 15 ans lorsqu'il a été arrêté par l'armée américaine, et qu'il aurait donc dû être considéré comme un enfant-soldat en vertu de la convention de Genève, n'a jamais ébranlé Ottawa dans cette affaire, et ce, avant même que les conservateurs ne prennent le pouvoir.

Ottawa n'avait pas davantage modifié sa position après que des documents militaires américains rendus publics la semaine dernière eurent révélé qu'un responsable canadien avait été informé, en 2004, qu'Omar Khadr a été soumis à un programme de privation de sommeil pendant des semaines. Le procédé, qui visait à le rendre plus docile lors des interrogatoires, est considéré comme une forme de torture.

Réactions de libéraux

Le porte-parole libéral en matière d'affaires étrangères, Bob Rae, a soutenu mardi que Khadr était un enfant soldat qui doit être rapatrié au Canada pour y être traité et réhabilité. Il refuse de commenter l'inaction du gouvernement libéral au pouvoir lors de l'interrogatoire de 2004 et se borne à dire que l'important est de savoir ce qui doit être fait à compter de maintenant.

Roméo Dallaire Le sénateur libéral Roméo Dallaire

L'avenir de Khadr, dit-il, ne doit pas être décidé à la suite d'un concours de popularité. « On lui a lavé le cerveau et on l'a envoyé combattre des troupes de l'OTAN. On reconnaît que cela peut être très troublant pour les Canadiens: nous avons des troupes là-bas et, de toute évidence, c'est très troublant pour nous tous. La question n'est pas là. La question est de savoir s'il ne serait pas plus approprié que le Canada soit responsable de M. Khadr. »

Par ailleurs, le sénateur libéral Roméo Dallaire croit qu'Omar Khadr est un enfant-soldat qui devrait être rapatrié au Canada et réinséré dans la société.

« On a un premier ministre, pas un pays, un premier ministre qui oeuvre à travailler en dehors de ces processus de justice et de droits humains afin de répondre à ce que lui prétend être une justice dans des conditions de conflits. » — Roméo Dallaire

Bloc québécois

La porte-parole adjointe du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères, Johanne Deschamps, a pour sa part déclaré que « rien ne justifie le traitement que le Canada réserve à Omar Khadr, un de ses citoyens ». Le Nouveau Parti démocratique préconise aussi le retour du jeune homme en sol canadien, tout comme les organisations de défense des droits de l'homme Amnistie internationale et Human Rights Watch.

Le SCRS réagit

Extrait de la vidéo des interrogatoires d'Omar Khadr

De son côté, le SCRS a rappelé les liens établis dans le passé entre le père d'Omar Khadr et Al-Qaïda. « Omar Khadr a été interrogé par le SCRS au sujet d'individus, incluant ceux liés à Al-Qaïda, qui peuvent représenter une menace pour la sécurité du Canada et de ses intérêts », a écrit le Service du renseignement dans un communiqué.

Les parents

La mère d'Omar Khadr, Maha Elsamnah, dit s'être sentie « impuissante » en regardant les extraits de l'interrogatoire subi par son fils, qu'elle n'avait pas vu depuis son incarcération. « Mon fils appelle à l'aide et je suis assise ici », a-t-elle déploré depuis sa résidence de l'est de Toronto. « J'ai pleuré. J'ai dit: "Mon Dieu, répondez à son appel. Je ne peux le faire". J'aimerais pouvoir lui répondre. »

La soeur du jeune homme, Zaynab Khadr, a qualifié les images diffusées de tristes. Elle a aussi déploré les commentaires négatifs de certaines personnes à l'égard de son frère. « Les gens sont aveuglés par la rage, mais je crois qu'ils la dirigent au mauvais endroit. Je ne dis pas que mon frère est coupable et je ne dis pas qu'il est innocent. Je dis que ce qui arrive n'est pas juste, pour un ennemi comme pour un ami », a-t-elle déclaré.

Le juge Mosley

La divulgation des interrogatoires par les avocats canadiens d'Omar Khadr a été rendue possible après que le juge Richard Mosley, chargé par la Cour suprême canadienne d'examiner quels documents pouvaient être remis aux avocats de la défense, eut conclu en juin que le jeune homme a été torturé par les autorités américaines et que le Canada était au courant de ce fait.

Parlant d'une visite à Guantanamo de responsables canadiens qui avaient été informés par les autorités américaines qu'Omar Khadr avait été « réchauffé » pour la rencontre, le juge Mosley estime que « la pratique décrite aux responsables canadiens en mars 2004 contrevenait, à mon avis, aux lois internationales sur le traitement des détenus en vertu des conventions de l'ONU et de la convention de Genève ».

Au sujet de l'implication canadienne, le juge Mosley précise que « le Canada a été impliqué dans les violations à partir du moment où les responsables du ministère des Affaires étrangères ont pris connaissance des informations écrites [NDLR: À propos des sévices dont a été victime Omar Khadr] et ont choisi d'aller de l'avant avec l'interrogation ».