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NationalAffaire Omar Khadr

Harper montré du doigt

Mise à jour le jeudi 10 juillet 2008 à 21 h 37

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Le lieutenant-commandant William Kuebler

Photo: La Presse Canadienne /Tom Hanson

Le lieutenant-commandant William Kuebler

L'officier américain William Kuebler, qui représente Omar Khadr devant la justice militaire américaine, estime que le gouvernement Harper est « complètement responsable » de ce qui arrive présentement à son client.

Lors d'une entrevue accordée jeudi au réseau canadien CTV, M. Kuebler a réagi aux propos tenus plus tôt par Stephen Harper. Le premier ministre se disait impuissant face au sort d'Omar Khadr.

William Kuebler reproche au Canada de ne pas avoir réclamé le rapatriement au pays de son client, et ce, même s'il savait depuis 2004 qu'Omar Khadr était torturé à Guantanamo.

Plus tôt jeudi, le premier ministre Harper a refusé de s'engager à exiger, comme l'ont fait toutes les autres nations occidentales pour leurs propres citoyens détenus au camp américain de Guantanamo, le retour d'Omar Khadr.

« Franchement, on n'a pas une vraie alternative à ce processus », a soutenu le premier ministre conservateur depuis le Japon, où il a participé plus tôt cette semaine au sommet du G8. Il a ensuite expliqué qu'il revient maintenant à Omar Khadr de faire valoir ses arguments devant la justice américaine.

Les avocats du Canadien détenu à la base américaine de Guantanamo affirment qu'Ottawa était au courant que leur client a été privé de sommeil pendant des semaines. Le procédé visait à le rendre plus docile lors des interrogatoires.

La défense se base sur des documents militaires américains nouvellement rendus publics. On y apprend que les autorités militaires américaines avaient informé un responsable canadien, Jim Gould, des mesures prises pour que l'adolescent, âgé à l'époque de 17 ans, devienne plus souple et davantage disposé à parler. Ce responsable a rendu visite à Omar Khadr à Guantanamo, en 2004.

Un dessin représentant Omar Khadr lors d'une audience devant la justice militaire américaine à Guantanamo

Photo: AFP/Janet Hamlin

Un dessin représentant Omar Khadr dans une audience devant la justice militaire américaine à Guantanamo en novembre 2007 (archives)

« Dans les trois semaines ayant précédé la visite de M. Gould, [Omar Khadr] n'est pas resté plus de trois heures au même endroit. Toutes les trois heures, il était transféré dans un autre pavillon cellulaire, ce qui l'empêchait de profiter de sommeil ininterrompu et le forçait à changer continuellement de voisins », lit-on dans le rapport.

D'après les documents, M. Gould avait aussi été informé qu'Omar Khadr serait isolé pendant une période prolongée avant la tenue de son prochain interrogatoire.

Un avocat du détenu, Dennis Edney, estime que le traitement révélé dans les documents est assez grave pour inciter Ottawa à demander à Washington de libérer Khadr et de le renvoyer au Canada.

« Nous voulons que les Canadiens soient au courant des agressions subies par ce jeune homme. Le gouvernement fédéral, au nom des Canadiens, doit ramener ce jeune homme à la maison », a expliqué Me Edney à La Presse canadienne.

Il a ajouté que « pendant des années le gouvernement du Canada a menti au peuple canadien en répétant, encore et encore, que le gouvernement américain l'avait assuré que ce jeune homme était bien traité ».

Le mois dernier, un juge de la Cour fédérale du Canada a statué que le traitement réservé par les autorités militaires américaines au jeune Omar à la base de Guantanamo allait à l'encontre des lois internationales sur la torture.

Arrêté à l'âge de 15 ans par l'armée américaine en Afghanistan, en 2002, Omar Khadr est accusé d'avoir tué un soldat américain. Son procès doit s'ouvrir en octobre.

Le manque de sommeil, une forme de torture

La privation de sommeil, comme l'a déjà expliqué le Rapporteur de l'ONU sur la torture Theo Van Boven, est de la torture qui contrevient clairement à la législation internationale.

Dans un rapport rendu public il y a quelques années, M. Van Boven expliquait que « ces méthodes consistent notamment à maintenir les détenus dans des positions douloureuses ou pénibles, à les priver de sommeil et de lumière pendant des longues périodes, à les exposer à des extrêmes de chaleur, de froid, de bruit et de lumière, à leur recouvrir la tête d'une cagoule, à les priver de vêtements, à les dénuder et à les menacer avec des chiens » explique le rapport.

Et, comme le prévenait le haut responsable onusien, « la jurisprudence des mécanismes internationaux et des mécanismes régionaux relatifs aux droits de l'homme est unanime pour dire que de telles méthodes enfreignent l'interdiction de la torture ».

Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

Aux fins de la présente Convention, le terme « torture » désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d'obtenir d'elle ou d'une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d'un acte qu'elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d'avoir commis, de l'intimider ou de faire pression sur elle ou d'intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu'elle soit, lorsqu'une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s'étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles.

Radio-Canada.ca avec Presse canadienne

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