Accommodements raisonnables.
La psychiatre Cécile Rousseau propose un nouveau concept pour aider les Québécois à mieux se comprendre et à mieux comprendre les autres. Peut-on en finir avec ceux qui veulent avoir raison?
Depuis Hérouxville, on a eu les oreilles rebattues de cette expression.
Le concept, au départ juridique, fait-il avancer la perception que nous avons de l'autre, et celle que l'autre a de nous? « L'autre », c'est, évidemment, les immigrants.
La docteure Cécile Rousseau, psychiatre au CLSC Parc-Extension, travaille, pour l'essentiel, avec les communautés immigrantes. Elle connaît donc bien « l'autre ».
En entrevue avec Radio-Canada.ca, elle propose un nouveau concept pour faire avancer le débat et pour sortir de l'impasse. Des accommodements raisonnables, elle est passée, sur la foi d'un lapsus, aux accommodements responsables.
Un acte manqué pour ne pas manquer le bateau
Que voulait dire ce lapsus ou la « langue qui m'a fourché », comme elle l'avoue elle-même?
Il ne s'agit plus, selon elle, que « les lois du vivre ensemble » soient dictées par l'un ou l'autre. Cécile Rousseau préfère parler des responsabilités respectives dans l'établissement d'un équilibre social nouveau, qui doit se bâtir sur les acquis de chacun.
Mais ce n'est pas simple. C'est une responsabilité difficile dans la mesure où elle est dérangeante. Pourquoi dérangeante?
Le nouvel arrivant = le nouvel enfant
La docteure Rousseau établit un parallèle entre le nouvel arrivant et le nouvel enfant. L'un et l'autre imposent une redéfinition de soi. « Les deux révèlent nos forces, nos faiblesses et nos limites », dit-elle.
Elle ajoute que, dans les deux cas, il faut faire le deuil d'une position bienveillante. Nous ne sommes pas parfaits: voilà l'image que les immigrants renvoient de nous. De même que l'enfant la renvoie à ses parents.
Mais les Québécois, à partir de leur position de société dominante, peuvent aussi développer une image négative de l'autre. « Il se crée une tension entre les sociétés dominantes et les autres qui le sont moins, qui crée une peur », affirme la psychiatre.
Négociation pour le vivre ensemble
Pour remédier à ces images négatives, Cécile Rousseau revient et insiste sur le concept de négociation de vivre ensemble: nous nous apportons mutuellement quelque chose. « Il y a un don réciproque malgré le fait qu'il y a des aspects dérangeants de part et d'autre », dit-elle.
S'il y a un apport, il y a aussi une perte, des deux côtés. Elle cite en exemple une des plus grandes revendications des communautés immigrantes: envoyer leurs enfants à l'école anglaise. Elles digèrent mal l'obligation que le Québec leur fait de les inscrire à l'école française
Elle s'empresse d'ajouter qu'elle ne conteste pas le bien-fondé de l'éducation en français. Au-delà de cette légitimité qui est nécessaire à la paix sociale, dit-elle, elle souligne l'importance de reconnaître la blessure chez l'autre. « De la même façon, reconnaît-elle, le fait d'être bousculé est une blessure pour les Québécois d'origine. »
La blessure nommée est guérie
Elle a pu constater par elle-même à quel point le pouvoir de la parole, de la négociation, peut apaiser la souffrance liée au deuil. Elle raconte que les communautés philippines et caribéennes anglophones se sentent violentées par le fait d'être forcées d'envoyer leurs enfants à l'école française. Pour elles, c'est une injustice profonde. Lors d'une rencontre entre représentants des communautés et de l'école francophone, la docteure Rousseau a remarqué que le vent a tourné quand les deux parties ont nommé la blessure et reconnu le fait qu'il n'y a pas de solution parfaite. À partir de ce moment, les communautés ont demandé aux représentants des écoles comment travailler ensemble.
Elle conclut ce cas d'espèce en disant que le conflit fait partie du vivre ensemble, qu'il est créateur. « Dans les sociétés métissées, le malaise de la rencontre avec l'autre fait partie d'un enrichissement social », dit-elle.
Toutefois, il ne faut pas banaliser la souffrance, ni du peuple qui accueille, ni des peuples accueillis.