Le cardinal Marc Ouellet évite de dire si l'Église catholique était prête à présenter ses excuses aux victimes des pensionnats autochtones, gérés jadis par des institutions chrétiennes sous l'autorité du gouvernement fédéral.
Après le gouvernement canadien, l'Église catholique était-elle prête à présenter ses excuses officielles aux communautés autochtones pour les sévices subis dans les pensionnats indiens de triste réputation?
Confronté à cette question posée par les journalistes en marge du congrès eucharistique de Québec, le cardinal Marc Ouellet était visiblement embarrassé. « Je ne sais pas, je ne sais pas. Pour l'instant, c'est ce que je peux dire », a-t-il répondu après un bref silence.
« L'important c'est que, peut-être pas nécessairement demander des gestes officiels. Je crois que j'ai fait personnellement un geste officiel. L'important, c'est que chacun se questionne et se demande comment je traite mon voisin qui est autochtone ou qui est d'une autre culture ou avec qui j'ai eu un conflit [...] », a-t-il ajouté.
Le primat de l'Église catholique au Canada, qui a déjà demandé pardon en son nom personnel aux Autochtones, n'a pas voulu s'exprimer sur d'éventuelles excuses officielles du Pape Benoit XVI.
De telles excuses seraient pourtant grandement appréciées par les Autochtones. « Un geste comme tel du Pape Benoit XVI, d'après moi, irait très loin en terme de signification », a indiqué Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec.
Ghislain Picard rappelle que les Églises anglicanes et protestantes ont déjà fait ce geste et espère que le Pape leur emboîtera le pas. « Je pense que la seule église qui vraiment n'a pas offert des excuses à ce moment-ci, c'est l'Église catholique ».
Au congrès eucharistique qui se tient à Québec, les catholiques interrogés n'étaient pas très chauds à l'idée de présenter des excuses. « Quand quelqu'un manque, ce n'est pas toute la société qui manque. C'est des individus. Dans l'Église par exemple, les prêtres qui ont manqué, ce n'est pas toute l'Église », a affirmé un participant.
« Prenez l'exemple des enfants de Duplessis, ce n'est pas l'Église catholique qui a présenté des excuses », a ajouté une autre participante.
Excuses incertaines pour sévices établis
Il y a peu de chances que l'actuel Pape demande pardon aux communautés autochtones canadiennes, même si, en 2001, Jean-Paul II avait demandé pardon à des communautés autochtones en Océanie, pour avoir été notamment victimes d'agressions sexuelles.
En 2007, Benoit XVI avait reconnu que les religieux avaient causé de la souffrance aux autochtones d'Amérique latine, sans toutefois présenter ses excuses.
Les Autochtones du Canada ont reçu mercredi dernier des excuses officielles du gouvernement fédéral par la voix du premier ministre Stephen Harper.
De la fin du 19e siècle aux années 1970, quelque 150 000 enfants autochtones, inuits et métis sont passés par ces pensionnats, tenus par des institutions chrétiennes sous l'autorité du gouvernement fédéral.
Plus de 80 000 anciens pensionnaires sont encore en vie et nombre d'entre eux se plaignent d'avoir été victimes de mauvais traitements et d'agressions sexuelles. Ils étaient punis s'ils parlaient leur langue.