Deux fois plutôt qu'une

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Taser Pistolet Taser (archives)

Les agents de la GRC ont tendance à décharger plus d'une fois leur pistolet électrique Taser lorsqu'ils doivent l'utiliser contre une personne. C'est ce qu'a permis d'apprendre une enquête menée par Radio-Canada/CBC et la Presse canadienne.

Une enquête de Radio-Canada/CBC et la Presse canadienne révèle que, dans près de la moitié des cas où les agents de la GRC doivent utiliser le pistolet électrique, ils déchargent plus d'une fois, ce qui va à l'encontre de leurs règles internes.

L'enquête a révélé que les agents de la GRC ont utilisé le pistolet Taser plus de 3000 fois entre 2002 et 2007 et que dans près de la moitié de ces interventions (43 %), ils ont déchargé leurs armes plus d'une fois. Dans 18 % des cas, les agents ont déchargé leur pistolet électrique trois fois ou plus. Dans 31 cas, les agents ont utilisé le Taser sept fois ou plus sur une même personne.

L'enquête montre aussi que dans plus de 60 % des cas, les personnes qui ont reçu des décharges électriques n'avaient pas d'arme.

Cette utilisation du pistolet Taser va à l'encontre des règles internes de la GRC. En 2005, la police fédérale a émis un bulletin interne stipulant que l'utilisation répétée du Taser pouvait être dangereuse pour le sujet. Le bulletin disait aussi de ne pas l'utiliser de façon répétitive, à moins que les circonstances ne l'imposent. La GRC recommandait aussi de n'utiliser le Taser que de 15 à 20 secondes, alors que des cas répertoriés font mention de décharges durant jusqu'à 80 secondes.

Des experts affirment que cette utilisation du Taser peut être très dangereuse. « Plus longue est la décharge, plus le risque de capturer le coeur et de causer une arythmie est grand. En plus, les substances relâchées par les muscles peuvent avoir des effets néfastes sur le coeur et sur le fonctionnement électrique du coeur », dit le Dr Stanley Nattel, cardiologue à l'Institut de cardiologie de Montréal.

De son côté, Amnistie internationale déplore depuis longtemps les risques associés à l'utilisation du pistolet Taser. L'organisme de défense des droits de la personne réclame un moratoire sur l'utilisation de cette arme, en attendant une enquête complète et indépendante sur les risques qui y sont associés.

Rappelons que l'utilisation du Taser a suscité une controverse à la suite de la mort du ressortissant polonais Robert Dziekanski, à l'aéroport de Vancouver, en novembre dernier. M. Dziekanski a perdu la vie après avoir reçu au moins deux décharges de pistolets électriques. Les images de sa mort ont fait le tour du monde. Plusieurs enquêtes sont en cours sur cette histoire, notamment à la GRC.