Un bien léger baume

Ghislain Picard Ghislain Picard

Les excuses du gouvernement du Canada aux communautés autochtones pour les sévices et l'assimilation culturelle qu'ils ont subis dans les pensionnats autochtones du pays sont accueillies avec réserve par les chefs des communautés autochtones du Québec et du Labrador.

En dépit des excuses qui leur ont été présentées, les chefs des Premières Nations du Québec dénoncent l'absence de politiques concrètes du fédéral pour les aider à surmonter les importants problèmes que ces pensionnats leur ont laissés en héritage.

Bien qu'ils reconnaissent l'importance de ces excuses pour cette politique d'assimilation qui a conduit plus de 15 000 jeunes autochtones du Québec dans ces pensionnats où nombre d'entre eux ont été victimes d'abus, les chefs du Québec et du Labrador estiment que beaucoup de chemin reste encore à faire.

« Nos communautés souffrent de problèmes importants ayant un lien direct avec le scandale des pensionnats. Pourtant, le gouvernement ne fournit pas les ressources utiles pour contrer la situation de crise », a tenu à préciser le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, lors d'une conférence de presse à Montréal.

« [Le gouvernement canadien] refuse toujours de verser à nos communautés des sommes comparables à celles du reste de la population. Tandis que le Canada occupe le 4e rang selon l'indice de développement humain, nos premières nations se situent au 68e rang. Est-ce que le premier ministre s'excuse aussi pour cette situation? » — Ghislain Picard

Pour M. Picard, ces excuses n'auront aucune valeur si elles ne restent que des mots: « Nous invitons aujourd'hui le gouvernement canadien à passer de la parole aux actes. Si le gouvernement n'adopte pas des mesures concrètes, principalement envers nos jeunes, ces excuses n'auront aucun sens ».

À titre d'exemple, Ghislain Picard a rappelé que le gouvernement de Stephen Harper avait considérablement réduit les budgets alloués aux communautés autochtones pour préserver et perpétuer les langues ancestrales autochtones, dont plusieurs sont menacées de disparition à court et à moyen termes.

Des excuses singulières

Raphaël Picard Raphaël Picard

Son point de vue est partagé par le chef innu Raphaël Picard, qui a lui-même connu les pensionnats autochtones et pour qui le gouvernement continue d'être un obstacle pour les Premières Nations.

« Le gouvernement a fait des excuses singulières, du même type que les ecclésiastiques ont fait. Et ce qui me préoccupe c'est le prolongement des actions gouvernementales qui se perpétuent et continue à détruire nos peuples sous une autre forme, sous une autre façon de faire. Nous devrions avoir des réparations de type collectives, nous qui supportons les coûts sociaux et tous les effets des actions gouvernementales dans nos communautés », a déclaré le chef de Betsiamites. « Il va falloir plus que ça pour qu'on atteigne collectivement nos autonomies qu'on désire tant », a-t-il ajouté.

Des cicatrices profondes

Jimmy Papatie Jimmy Papatie

Pour d'autres communautés, les blessures sont encore vives et le spectre des pensionnats les hante toujours. « À Kitcisakik, on vit toujours les conséquences de ça. On a encore des enfants qui vont à l'école à l'extérieur. On est en train de se chicaner encore avec le ministère pour construire une école et un village avec toutes les commodités qu'on a besoin. On n'a pas attendu les excuses du gouvernement du Canada pour commencer à reconstruire », a témoigné le chef algonquin Jimmy Papatie, de Kitcisakik.

« L'argent n'effacera jamais ma mémoire. C'est pas le gouvernement qui m'a rendu ma dignité, c'est ma communauté. » — Jimmy Papatie

Le chef Papatie s'est montré visiblement ébranlé par le souvenir des épreuves et des sévices qu'il a subis dans les pensionnats autochtones au cours de sa jeunesse.