Le coup de gueule de Gérard Bouchard

Gérard Bouchard   © Martin Labbé

L'un des coprésidents de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement liées aux différences culturelles, Gérard Bouchard, fustige les souverainistes dans une lettre ouverte envoyée à plusieurs quotidiens québécois.

Dans une lettre ouverte, l'historien et sociologue s'en prend aux souverainistes qui dénaturent les conclusions de son rapport « pour lui imprimer une orientation néfaste ».

L'historien et sociologue s'en prend notamment aux « étonnantes analyses » qui entraînent de « profondes déformations » susceptibles de discréditer le rapport qu'il a rédigé en collaboration avec le philosophe Charles Taylor.

Le frère de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui dit avoir été montré du doigt pour ne pas avoir « veillé, en [sa] qualité de coprésident, aux intérêts du groupe majoritaire dont [il] est issu », précise qu'il vise « tout particulièrement certains représentants de la famille politique à laquelle j'appartiens depuis plus de 40 ans. »

Quelques « ténors nationalistes », dit-il, prennent l'initiative du débat « pour lui imprimer une orientation néfaste, susceptible de creuser des clivages ethniques et d'instituer des tensions déplorables entre Québécois. Il s'agit d'une rupture radicale avec l'héritage de René Lévesque ».

Visiblement offusqué par des commentaires qui ont suivi la publication de son rapport, M. Bouchard dit vouloir corriger plusieurs inexactitudes qui ont circulé depuis la publication du rapport, le 22 mai dernier. Ces réactions, affirme-t-il, font déraper le débat.

Selon lui, il est faux de prétendre que le rapport demande au groupe majoritaire d'accorder plus d'accommodements, tel que le titrait le Journal de Montréal le lendemain de la publication. Il ne demande pas davantage à la société d'accueil d'assumer toute la responsabilité de l'intégration des immigrants, ne prône pas un retour aux Canadiens-Français de la survivance et ne ramène pas les francophones québécois au rang de groupe ethnique.

Le rapport, précise-t-il, établit clairement que « tous les habitants du Québec sont des Québécois qui, ensemble, forment une nation spécifique ». Il importe, dit-il en somme, de fortifier cette tendance afin de « supprimer ou atténuer les clivages ethniques Eux/Nous ». Au lendemain de la publication du rapport, la chef péquiste Pauline Marois avait soutenu que la commission avait mal compris la « réhabilitation du nous », qui fait partie du discours de son parti.

Quant au terme « Québécois d'origine canadienne-française » , il est tout simplement plus exact que celui de « Québécois de souche », un vocable imprécis qui gène plusieurs citoyens, dont « ceux et celles qui sont établis ici depuis quelques générations et se sentent complètement intégrés ». Québécois d'origine canadienne-française, précise-t-il, suit la même logique que Québécois d'origine italienne ou juive et constitue une expression « neutre, précise et équitable ».

Contre les discours intolérants

Il est aussi inexact de soutenir, poursuit Gérard Bouchard, que le rapport culpabilise le groupe majoritaire en l'accusant d'intolérance, qu'il se montre insensible à la situation de la langue française, qu'il fait l'impasse sur les valeurs fondamentales du Québec, qu'il fait la promotion d'un multiculturalisme à la Trudeau, qu'il verse dans le « cosmopolitisme » aux dépens de l'affirmation du groupe culturel majoritaire et qu'il préconise le retour en force du religieux dans les institutions publiques - juste au moment où on achève de les déconfessionnaliser, souligne-t-il.

Les discours qui s'appuient sur l'insécurité, l'angoisse identitaire et le besoin de protection supplémentaire pour les Québécois d'origine canadienne-française, écrit Gérard Bouchard, sont susceptibles « d'affaiblir la nation québécoise en la divisant, en la ramenant en arrière, au temps de la survivance frileuse et peureuse dont chacun, dont chacune, avec raison, veut prendre congé ».

À force d'insister sur les menaces qui pèseraient sur les Québécois d'origine canadienne-française, dit-il, « on n'ose plus souligner les responsabilités collectives qui leur incombent [...] à l'égard des minorités ethniques et des immigrants aux prises avec de graves problèmes de chômage et d'exclusion sociale. »

M. Bouchard soutient que le rapport qu'il a corédigé propose une « formule réaliste de conciliation entre les quatre principes constitutifs de tout régime de laïcité: la liberté de conscience, l'égalité du traitement face aux convictions profondes (de nature religieuse ou séculière), la neutralité de l'État, l'autonomie (ou la séparation) des Églises et de l'État. »

Le rapport, ajoute-t-il, fait « le pari de l'ouverture en affirmant que la diversité religieuse gagne à être vue et apprivoisée le plus tôt possible dans la vie d'une personne », tout en établissant des normes, des repères et des freins, « là où il en faut pour contrer les risques d'excès ».

Gérard Bouchard conclut en invitant la population à bien lire le rapport et en invitant les « intervenants et porte-parole de tous partis, de toutes allégeances et de toutes tendances à « faire preuve de vigilance, de prudence et de responsabilité ».

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