Un rapport qui évite l'essentiel, selon le PQ

Pauline Marois Pauline Marois

La chef du Parti québécois soutient que la commission Bouchard-Taylor a mal compris la « réhabilitation du nous », qui fait partie du discours de la formation souverainiste depuis qu'elle en a pris la direction, il y a un an.

La chef souverainiste Pauline Marois déplore que la commission réponde « de façon bien mince à un problème de société qui est beaucoup plus large ». Elle défend sa conception d'un « nous » inclusif.

Réagissant aux mises en garde de Gérard Bouchard et Charles Taylor contre la tentation de penser le débat selon un rapport majorité/minorités, Pauline Marois a réitéré son plaidoyer pour un « nous » qui n'est pas source de division.

« Ce nous est inclusif et il s'inscrit dans l'interculturalisme qui doit viser l'intégration. C'est un nous québécois, peu importe les origines. Nous avons dit qu'il n'est pas nécessaire d'être né ici pour être passager de notre histoire. Mais il faut d'abord bien vouloir monter dans le train », a-t-elle fait valoir.

Des erreurs à éviterVoici un extrait du rapport de la commission Bouchard-Taylor concernant les erreurs à éviter dans le débat identitaire actuel.

« Il peut être utile aussi de dire un mot sur les erreurs à éviter, du côté des Québécois canadiens-français. Parmi celles-là, la plus néfaste consiste à céder au parti de la peur, à la tentation du retrait et du rejet, à s'installer dans la condition de victime, à se replier sur un héritage qui, avec la baisse de la fécondité, ouvrirait sur un avenir sans horizon à long terme: un patrimoine figé qui isole et appauvrit, qui creuse des distances et conduit au durcissement identitaire plutôt qu'à un épanouissement. C'est le modèle de la peau de chagrin.[...]

Ajoutons qu'un retour ou un repli sur l'identité canadienne française, doublée d'une exclusion des autres Québécois francophones (d'origine maghrébine, haïtienne, négro-africaine, voire européenne), pourrait conduire à n'en faire qu'un groupe ethnique parmi d'autres dans l'ensemble du Canada. Ce serait en quelque sorte concrétiser l'une des figures les plus critiquées du multiculturalisme canadien.

Du point de vue du français comme langue d'usage (et aussi comme langue maternelle), on peut donc affirmer que la francophonie québécoise est toujours bien vivante. Mais à la condition d'élargir le cercle identitaire, de ne pas établir une frontière - et plus exactement une hiérarchie - entre les différentes catégories de Francophones, comme s'ils n'avaient pas tous la même valeur. [...]

Une deuxième erreur serait de penser le devenir de la pluriethnicité en fonction de « Nous » juxtaposés, comme autant de pôles ou d'îlots. Ce serait, encore une fois, mais d'une autre façon, reproduire au Québec cela même qui est le plus sévèrement critiqué dans le multiculturalisme. Ce serait aussi fonder le devenir de notre société sur un rapport systématique majorité/minorités.

Mme Marois dit toutefois souscrire « dans l'ensemble » aux recommandations qui vont dans le sens d'une meilleure intégration des immigrants dans la société québécoise et de mesures plus efficaces pour lutter contre le racisme et la discrimination. Plusieurs propositions en ce sens ont été élaborées lors du dernier Conseil national du PQ, a-t-elle dit.

N'empêche, dit la chef péquiste, la commission répond « de façon bien mince à un problème de société qui est beaucoup plus large ». MM. Bouchard et Taylor, affirme-t-elle, n'a pas répondu aux doléances des citoyens qui ont profité des audiences publiques pour réclamer qu'elle statue de façon solennelle sur ce qui n'est pas négociable aux yeux des Québécois: le respect de la culture de la majorité.

« En arrivant à la conclusion qu'aucun remède n'est nécessaire, puisqu'il n'y a pas de maladie, les inquiétudes exprimées par les nombreux participants à la Commission se trouvent écartées du rapport. En définitive, ce qui nous semble inquiétant, ce n'est pas ce qu'il y a dans le rapport, mais ce qui ne s'y trouve pas », soutient Mme Marois.

La chef péquiste aurait souhaité que la commission se prononce sur la façon de baliser les réponses aux demandes d'accommodements raisonnables en fonction des valeurs québécoises. « Au lieu de réconcilier les pratiques d'accommodements aux volontés des Québécois, le rapport cherche plutôt à réconcilier les Québécois avec les pratiques d'accommodements. Le principe d'accommodement, c'en est un principalement juridique. Donc, les balises devraient normalement en découler et être d'ordre juridique », soutient-elle.

MM. Bouchard et Taylor préconisent plutôt que les demandes d'ajustements soient traitées de façon privilégiée par la voie citoyenne, afin d'éviter une « judiciarisation » du processus.