Une importante flambée du prix des denrées alimentaires menace le Canada à court terme, selon certains économistes. Pour ces experts, le pays pourrait être bientôt confronté à une inflation alimentaire et énergétique semblable à celle qu'a connue le pays dans les années 70.
La hausse combinée du prix du pétrole et des céréales pourrait provoquer une inflation spectaculaire du prix des denrées alimentaires au Canada, semblable à celle des années 70, selon des économistes.
Sacs de riz
Cette augmentation du prix des denrées est d'ailleurs attendue depuis un certain temps par les épiciers et les entreprises agroalimentaires qui voient augmenter sans cesse le prix des céréales.
Il faut savoir que le prix des céréales n'affecte pas que les produits à base de farine ou de grain, car on utilise aussi massivement le grain pour nourrir les animaux d'élevage, ou dans plusieurs produits transformés. Or, le prix du riz a augmenté de 74 % depuis un an et celui du blé, de 130 %.
Selon plusieurs experts, dont Ian Lee, qui dirige le programme de MBA de l'Université Carleton, cette flambée du prix des céréales est en partie attribuable aux politiques qui octroient des milliards de dollars au développement de biocarburants à partir des cultures céréalières autrefois destinées à l'alimentation.
Un monstre alimentaire
Selon Ian Lee, les politiques alimentaires et financières des gouvernements ont créé « un monstre des prix alimentaires ».
Ces flambées annoncées du prix des carburants et des aliments sont par ailleurs de mauvaises nouvelles pour l'économie canadienne. Dans les années 70, une augmentation marquée des prix des aliments et de l'énergie avait entraîné une inflation pratiquement hors de contrôle. Le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avait alors dû imposer des gels de salaires et des prix pour tenter d'endiguer le phénomène.
Pour l'instant, l'inflation demeure faible et sous contrôle au Canada, mais les récentes hausses du prix de l'essence et des prix de certains aliments de base, dont le pain, laisseraient présager des jours plus difficiles.
Québec presse Ottawa d'agir
Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Laurent Lessard (archives)
La crise alimentaire ne préoccupe pas que les économistes. Vendredi, le ministre québécois de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation a pressé Ottawa d'agir sur la scène internationale pour tenter d'enrayer la crise alimentaire qui sévit déjà dans plusieurs pays en développement.
Pour le ministre Lessard, cette crise alimentaire est envenimée par les politiques protectionnistes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en vertu desquelles les pays riches protègent leurs agriculteurs en imposant des tarifs douaniers élevés aux produits extérieurs, notamment ceux en provenance des pays plus pauvres.
« On doit s'attaquer à la problématique plutôt que de simplement donner des sous à l'international pour faire manger le monde », a ajouté le ministre Laurent Lessard.
À Ottawa, la ministre responsable de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) a déclaré envisager de doubler la contribution que le Canada a versée cette année au Programme alimentaire mondial (PAM).
La ministre Oda doit faire une annonce d'importance à ce sujet la semaine prochaine, selon ce que rapporte la Presse canadienne. Le Canada a versé 180 millions de dollars en aide alimentaire internationale en 2007. Cette année, Ottawa a déjà versé 100 millions de dollars.
Urgent besoin de fonds au Programme alimentaire mondial
Une manifestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires aux Philippines (archives)
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AFP/JES AZNAR
Pendant ce temps, sur la scène internationale, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a exhorté la communauté internationale à agir pour endiguer cette « crise alimentaire mondiale », vendredi à Vienne.
Plus d'une trentaine de pays ont déjà été le théâtre d'émeutes et de manifestations contre l'explosion, ces derniers mois, du prix des denrées alimentaires de base.
Le PAM a quant à lui lancé un appel urgent à la communauté internationale pour réunir 755 millions de dollars, afin de combler les besoins alimentaires immédiats dans les régions les plus durement touchées par la crise alimentaire.