Le gouvernement Harper semble s'être rangé aux arguments des experts qui ont fait valoir au cours des dernières semaines que la vente possible de MacDonald Dettwiler and Associates à des intérêts étrangers sonnerait le glas de l'industrie aérospatiale canadienne et pourrait à terme nuire au Canada.
Ottawa n'autorisera pas la controversée vente de MDA, fleuron de l'industrie spatiale canadienne, à une firme américaine, estimant qu'une telle transaction ne serait pas dans l'intérêt du Canada.
Jim Prentice
Le ministre fédéral de l'Industrie, Jim Prentice, a confirmé, jeudi, qu'il avait écrit au groupe américain Alliant Techsystems pour lui signifier le refus préliminaire d'Ottawa. Alliant avait déposé une offre de 1,3 milliard de dollars pour acquérir MDA.
« J'ai pris la décision de rejeter la transaction proposée mardi. À mon avis, la transaction proposée ne procurait pas un avantage net au Canada », a déclaré M. Prentice à la Chambre des communes.
Pour justifier son refus, le ministre Prentice pourrait s'être basé sur la Loi sur Investissement Canada ainsi que sur les travaux du Comité permanent de l'industrie, des sciences et de la technologie qui a planché sur la question pendant plusieurs semaines.
Alliant Techsystems, qui a désormais un mois pour rassurer le gouvernement canadien, a déjà laissé entendre qu'il ne comptait pas baisser les bras. Un porte-parole de l'entreprise a indiqué dans un courriel que « l'essentiel, c'est que le processus se poursuit ». Des responsables de l'entreprise doivent d'ailleurs se rendre à Ottawa, la semaine prochaine, pour aborder la question.
De son côté, la direction de MDA a elle aussi réagi laconiquement à l'annonce. Dans un bref communiqué, l'entreprise s'est contentée de constater que « les discussions entre les parties se poursuivent ». MDA soutient depuis longtemps que la seule manière qu'elle puisse survivre et poursuivre son travail est d'être achetée par des intérêts américains.
Avenir en péril?
La vente de MDA à un fabricant d'armes américain porterait, de l'avis de nombreux experts, un coup fatal à l'avenir de la recherche aérospatiale de pointe au Canada puisque tous les experts de MDA prendraient le chemin des États-Unis.
MDA est le propriétaire légal de la technologie Radarsat, un système de satellite qui permet à Ottawa d'observer efficacement l'Arctique canadien. Sa vente à des intérêts américains, selon des observateurs, pourrait nuire grandement à la souveraineté canadienne dans cette région.
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Agence spatiale canadienne
En effet, des députés de l'opposition ont indiqué qu'ils craignaient que Washington, une fois devenu de facto propriétaire de Radarsat, n'interdise au Canada l'accès à des données et des images prises de l'espace et pouvant servir à Ottawa dans sa querelle avec les États-Unis sur la souveraineté de l'Arctique et le tracé de sa frontière.
« Si cette vente devait être approuvée, elle pourrait compromettre très sérieusement les domaines reliés à la technologie de Radarsat et au bras robotique spatial, tant au plan scientifique, qu'économique ou stratégique », a commenté le Bloc québécois dans un communiqué, mercredi.
MDA était surtout connu du grand public pour être, depuis le rachat en 1999 de l'ontarienne Spar Aerospace, le fabricant du célèbre bras robotisé canadien ainsi que du robot Dextre. Ces outils se trouvent sur les navettes spatiales américaines et la Station spatiale internationale.