Condamné à la décapitation

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne, Globe and Mail, The Gazette et Agence France-Presse
Mohamed Kohail Mohamed Kohail   © The Gazette

Un citoyen canadien vivant en Arabie saoudite, Mohamed Kohail, a été condamné à mort, lundi, pour le meurtre d'un homme qui s'en serait pris à son frère.

Un Canadien de 23 ans, Mohamed Kohail, a été condamné à la peine de mort après avoir été reconnu coupable de meurtre. Son frère de 17 ans pourrait subir le même sort.

Le jeune homme de 23 ans doit être décapité, une peine généralement exécutée en public dans le royaume wahhabite. Il a 80 jours pour porter sa cause en appel.

Le frère de Mohamed, Sultan, âgé de 17 ans, fait aussi face à une accusation de meurtre relativement à la même affaire et pourrait recevoir la même peine. Il a été libéré en attente de son procès.

Dans une déclaration à la CBC, mardi, le ministre canadien des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a affirmé qu'Ottawa était « profondément déçu » du verdict. « Nous allons aider la famille à faire appel et nous espérons que la décision sera différente », a-t-il dit.

Depuis l'abolition de la peine de mort au Canada, en 1976, le gouvernement canadien avait pour tradition de demander aux pays concernés la commutation de toute peine capitale en emprisonnement à perpétuité. Mais les conservateurs de Stephen Harper ont mis fin à cette demande automatique de clémence, comme dans le cas de Ronald Allen Smith aux États-Unis, en 2007.

Mohamed et Sultan Kohail ont été arrêtés le printemps dernier et ont été accusés du meurtre de Munzer Haraki. La mort de ce dernier est survenue lors d'une bataille à l'école que fréquentait Sultan Kohail en janvier 2007.

Sultan Kohail aurait été accusé d'avoir insulté une jeune femme, Raneem Haraki, par un cousin de cette dernière. Le Globe and Mail affirme que Raneem Haraki et lui se connaissaient pour avoir fréquenté la même école musulmane à Montréal.

La version de la famille

Selon la version de la famille, Munzer Haraki s'est présenté peu après à l'école accompagné de nombreux amis, dans le but de s'en prendre à Sultan Kohail. Son frère Mohamed serait alors arrivé, accompagné lui aussi d'un ami. S'en est suivi une bataille, au cours de laquelle Munzer Haraki est mort. L'ami de Mohamed Kohail a lui aussi été condamné à la peine de mort lundi.

La famille Kohail, accablée, a refusé de s'adresser aux médias canadiens dans les circonstances. Des amis de la famille, qui refusent de se nommer, disent toutefois que Mohamed Kohail n'a pas eu droit à un procès juste et équitable. Ils racontent que son avocat n'a pu participer qu'à une des 10 audiences et que les juges ont refusé d'entendre des témoins de la défense.

Les amis et la famille de Mohamed pressent le gouvernement d'agir.

Les libéraux réagissent

Le ministre Bernier et le premier ministre Harper n'ont pas encore réagi à la nouvelle. Chez les libéraux, l'affaire soulève l'indignation des portes-parole en matière de services consulaires et de droits de l'homme, Dan McTeague et Irwin Cotler.

M. McTeague dit espérer que le gouvernement réagisse rapidement pour obtenir la libération de Kohail et qu'il enquête sur la possibilité que des confessions aient été obtenues sous la contrainte dans cette affaire. La torture est une pratique courante en Arabie saoudite, où les tribunaux appliquent la loi coranique.

M. Cotler croit que le gouvernement Harper doit protester contre tout projet d'exécution. « Nous avons la responsabilité d'intervenir pour protéger nos citoyens dans d'autres pays où ils font face à la peine de mort », a-t-il déclaré à The Gazette.

Selon le quotidien montréalais, la famille Kohail a habité Dollard-des-Ormeaux de 2000 à 2006 avant de s'installer dans la cité portuaire de Jeddah, où leur fille devait se marier et où ils font le commerce du meuble. Selon la Presse canadienne, la famille possède toujours une maison à Montréal, où elle avait l'intention de revenir.

La porte-parole de la section canadienne francophone d'Amnistie Internationale, Anne Sainte-Marie, déplore que M. Kohail ait été condamné au terme d'un « processus judiciaire qui est complètement en deçà de toutes les normes internationales de présomption d'innocence, de recours à un avocat, de processus d'appel ». « En Arabie Saoudite, rien de tout ça n'est garanti. »

Mme Sainte-Marie soutient que la procédure d'appel est très compliquée en Arabie saoudite. Le condamné, précise-t-elle, pourrait toutefois payer le « prix du sang », une procédure en vertu de laquelle sa famille peut payer un dédommagement à la famille lésée.

Elle déplore toutefois que le gouvernement Harper ait modifié la position traditionnelle du pays en décidant de ne plus demander automatiquement la clémence des autorités étrangères dans le cas où des Canadiens sont condamnés à la peine de mort. Le gouvernement, dit-elle, ferme maintenant les yeux lorsque des amis du Canada sont impliqués.