La part des exportations canadiennes vers les États-Unis poursuivra sa glissade, pronostiquent des spécialistes. D'autres croient plutôt à un retour du balancier. Points de vue.
Une économie de plus en plus mondialisée « devrait diversifier un peu plus la destination des exportations canadiennes au fil du temps », croit Benoit Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins.
« Je ne vois pas d'un mauvais oeil de voir la proportion relative des exportations vers les États-Unis diminuer au profit d'autres pays », enchaîne le spécialiste de l'économie canadienne.
Cette diversification géographique devrait rendre le Canada « moins susceptible de subir les aléas conjoncturels d'une seule économie, en l'occurrence celle des États-Unis », souligne-t-il.
Sa collègue Hélène Bégin croit que les exportateurs canadiens n'ont pas encore subi tous les impacts associés à cette tendance à la baisse. Pour deux raisons. « D'une part, les pays en émergence poursuivent leur essor », souligne-t-elle. D'autre part, le dollar canadien oscillera autour de la parité jusqu'en 2012, prévoient des études économiques de Desjardins.
Frontière canado-américaine
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PC/AP/Buffalo News/Sam Kolich
« Si on parle d'un dollar près de la parité avec les États-Unis, c'est certain que c'est un phénomène structurel qui est là pour rester, qui va compliquer un peu la vie des exportateurs, dit-elle, comme c'est le cas actuellement. »
Signe de ce phénomène, le Québec devrait bientôt ne plus exporter que 70 % de sa production industrielle vers les États-Unis, alors que cette proportion atteignait 85 % au début des années 2000. « Quand ce chiffre sera-t-il atteint? Ça dépendra de l'évolution de l'économie américaine », poursuit Hélène Bégin.
De son côté, l'économiste Christian Deblock ne voit pas de tendance majeure à la baisse. Les États-Unis représenteront toujours le premier marché d'exportation de biens canadiens, dit le directeur du Centre d'études sur l'intégration et la mondialisation.
« Vers quelle planète pourrait-on exporter?, demande-t-il. L'Europe représente environ 6,7 % des exportations totales canadiennes. Il reste l'Asie, mais on exporte à peine 2 % vers la Chine. »
Redécouvrir les autres provinces
Jean Charest, premier ministre du Québec, et Dalton McGuinty, premier ministre de l'Ontario (archives)
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PC/Adrian Wyld
Une des stratégies pour compenser la baisse des exportations canadiennes vers les États-Unis consiste à relancer les échanges entre les provinces.
« Ça permettrait en fait de ramener davantage les échanges sur une base nationale pour contrer un peu l'effet du ralentissement américain », affirme Hélène Bégin.
Le Québec et l'Ontario, par exemple, négocient actuellement un accord qui vise à éliminer les barrières commerciales entre les deux provinces. Il doit entrer en vigueur au courant de 2008.
L'exemple du Québec est révélateur. Avant l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange, en 1989:
« Aujourd'hui, le commerce international accapare les deux tiers de nos exportations contre à peu près le tiers pour les exportations interprovinciales », souligne Hélène Bégin.
L'accès au gigantesque marché américain a été très bénéfique pour l'économie du Québec. En revanche, il a accru la dépendance da la province à l'égard d'une économie voisine certes, mais étrangère.
« Dans une période où le dollar canadien s'est apprécié et où l'économie américaine traverse une période de difficultés, ça nous rend beaucoup plus vulnérable à ce qui se passe au sud de la frontière, dit-elle. Dans ce sens-là, de faire des efforts pour intensifier nos échanges avec les autres provinces, ça peut être favorable. »