Harper au front

Un véhicule blindé Bison Un véhicule blindé Bison   © Défense nationale

L'avenir du gouvernement minoritaire de Stephen Harper est désormais directement lié à celui de la mission militaire canadienne dans le sud de l'Afghanistan.

Le gouvernement conservateur minoritaire mettra, en mars prochain, son sort en jeu, en tenant un vote de confiance sur la prolongation de la mission en Afghanistan au-delà de l'échéance de février 2009.

Une motion prévoyant une prolongation de la mission de combat des troupes canadiennes au-delà de février 2009 à Kandahar sera inscrite au cours des prochaines heures au feuilleton de la Chambre des communes.

Le gouvernement conservateur fera de cette question un vote de confiance, et le vote lui-même aura vraisemblablement lieu au mois de mars. Si le gouvernement minoritaire perd ce vote, des élections seront déclenchées.

À la sortie du caucus libéral, à Ottawa, le chef Stéphane Dion a indiqué que le texte de la motion que lui a soumise le premier ministre Harper, mardi, était inacceptable pour les libéraux.

« J'ai clairement expliqué au premier ministre que cette motion nous demanderait à nous, les libéraux, de faire un compromis par rapport à nos principes. Quelque chose que nous ne pouvons pas faire », a-t-il dit.

La décision du Parti libéral dans ce dossier sera déterminante puisque le Bloc québécois et le NPD affirment depuis longtemps déjà qu'ils s'opposent à toute prolongation de la mission. Le premier ministre Harper n'a d'ailleurs pas daigné rencontrer les chefs Gilles Duceppe et Jack Layton.

Dion, l'équilibriste

Stéphane Dion ajoute toutefois qu'il compte présenter un amendement à la motion des conservateurs. Il estime que les deux partis ont suffisamment de temps pour aboutir à un compromis.

Stéphane Dion Stéphane Dion

« Entre la position de M. Layton et celle de M. Harper, il y a une position responsable et raisonnable qui est de dire que la mission de combat à Kandahar se termine en février 2009 et que le Canada a un rôle à jouer après. Un rôle de développement, un rôle de sécurité, un rôle de formation et que le Canada sera tout disposé à le faire, après que le principe de rotation aura été mis en place par l'OTAN », a-t-il affirmé.

Son adjoint, Michael Ignatieff, estime lui aussi qu'il y a moyen de parvenir à un compromis. « Le chef a dit: fin de mission de combat, continuation de solidarité avec les Afghans et ça veut comprendre un rôle, une présence de sécurité militaire. Alors, il y a beaucoup de possibilités d'agir ».

Le premier ministre Harper aimerait bien que M. Dion approuve le rapport Manley, qui recommande que le Canada retire ses quelque 2500 soldats de l'Afghanistan en février 2009 si l'OTAN n'envoie pas au moins 1000 soldats supplémentaires, des hélicoptères et des drones de surveillance dans le sud du pays, en proie à une violente insurrection islamiste.

Selon le Globe and Mail, le premier ministre pourrait tenter de s'allier le chef libéral en lui proposant, comme compromis, de repousser la date du retrait définitif canadien à 2011.

Stéphane Dion a par ailleurs affirmé que le premier ministre Harper lui a promis que le vote sur la motion portant sur la mission afghane aurait lieu après le vote sur le budget fédéral. Il ajoute ne pas avoir peur de déclencher des élections.

Députés interloqués

Denis Coderre Denis Coderre

L'initiative conservatrice n'avait cependant pas eu l'heur de plaire aux députés libéraux interrogés à leur arrivée au caucus du parti. « Si M. Harper veut aller en guerre [...], on ira en élections », a lancé Pablo Rodriguez.

Son collègue Denis Coderre n'a pas caché pour sa part que la perspective d'une élection ne lui plaisait guère.

« Personnellement, je ne serais pas en accord à faire une élection sur l'Afghanistan, mais si c'est un vote de confiance... Écoutez, on a des principes et une position. Si on n'est pas capable d'arriver à un point commun, écoutez, quand le vin est tiré, il faut le boire », a-t-il déclaré.

Ottawa demande du renfort

Militaires canadiens (archives) Militaires canadiens en Afghanistan (archives)   © AFP/SHAH Marai

Et pendant que l'on tente, à Ottawa, de rallier une majorité de la Chambre derrière la prolongation de la présence militaire à Kandahar, la diplomatie canadienne, elle, tente de convaincre les autres membres de l'OTAN de partager son fardeau dans le sud de l'Afghanistan.

Stephen Harper s'est d'ailleurs entretenu de la question, au cours des derniers jours, avec les dirigeants britanniques, français et américains, tâchant, à la veille d'une rencontre des ministres de la Défense de l'OTAN, jeudi, en Lituanie, de renforcer sa position.

Les quelque 2500 militaires canadiens déployés dans la province de Kandahar n'ont toujours pas pu, après deux ans de combats, venir à bout de l'insurrection talibane. Depuis l'arrivée des Canadiens et malgré les milliards de dollars investis dans cette mission, les observateurs internationaux sur le terrain dénotent même une dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans le sud de l'Afghanistan.

Les efforts de l'état-major de l'OTAN et des gouvernements des principaux pays enlisés dans le conflit sudiste, notamment canadien, britannique et américain, se sont heurtés aux refus des autres membres de l'OTAN.

En attendant, les États-Unis ont annoncé voilà quelques semaines le déploiement supplémentaire de plus de 3200 soldats dans le sud du pays pour faire face à une offensive talibane attendue ce printemps. Washington, dont les troupes sont déjà sursollicitées par les conflits afghan et irakien, a déjà averti que ces troupes seront retirées du sud dès l'automne prochain.