Le ministre Gary Lunn
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PC/Fred Chartrand
Le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, a dû s'expliquer, mercredi, devant le comité des Communes des ressources naturelles sur le congédiement de la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, Linda Keen.
Le ministre des Ressources naturelles justifie le congédiement de la présidente de la Commission de sûreté nucléaire par sa mauvaise gestion de la fermeture controversée de la centrale nucléaire ontarienne de Chalk River.
Il a justifié sa décision par le manque de leadership de Mme Keen à la suite de la fermeture de la centrale nucléaire ontarienne de Chalk River, en novembre dernier.
La Commission s'était opposée au redémarrage du réacteur pour des raisons de sécurité, ce qui avait entraîné une pénurie d'isotopes médicaux.
Le ministre Lunn a fait savoir aux députés de l'opposition qu'il avait perdu confiance en l'habilité de Mme Keen à présider la Commission.
Il a ajouté que lui, en revanche, a l'entière confiance du premier ministre Harper. Il refuse dès lors de démissionner, comme le réclament les partis d'opposition.
Pour sa part, la députée bloquiste Claude DeBellefeuille croit déceler dans les derniers agissements du ministre Lunn un grand appétit du gouvernement Harper pour l'énergie nucléaire. Elle s'inquiète du renvoi de Mme Keen, une surveillante que le ministre, selon elle, a peut-être trouvée trop encombrante.
De l'affrontement au congédiement
Linda Keen (archives)
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D. Calma/IAEA
Dans un communiqué publié tard, mardi soir, et à quelques heures seulement de sa comparution devant le comité parlementaire pour faire la lumière sur le conflit, le cabinet du ministre Lunn a annoncé le congédiement immédiat de Linda Keen.
Elle devait témoigner mercredi, après le ministre, devant le comité des Communes afin de donner sa version des faits. Finalement, elle sera entendu à la fin du mois.
Le ministre Lunn et la commissaire Keen s'étaient affrontés voilà quelques semaines sur la pertinence d'ordonner ou non la fermeture de la centrale nucléaire de Chalk River.
Pour la Commission de sûreté nucléaire, qui a ordonné la fermeture de la centrale vieille d'un demi-siècle malgré les pressions politiques pour la garder ouverte, il convenait d'abord de procéder d'urgence à la réparation d'un système de sécurité pour éliminer tout risque d'accident.
Pour le gouvernement conservateur, appuyé sur ce point par l'opposition, l'urgence était plutôt de redémarrer au plus tôt la centrale pour qu'elle puisse poursuivre sa production d'isotopes nucléaires utilisés en médecine. D'ailleurs, le bref arrêt de la production, à la fin de l'année dernière, a rapidement causé une pénurie d'isotopes.
Ottawa était au courant depuis plusieurs mois
Réacteur nucléaire de Chalk River, en Ontario.
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PC/PC
Les problèmes de sécurité à la centrale de Chalk River avaient été montrés du doigt par la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, dès le début septembre de l'année dernière. Mme Fraser avait alors remis un rapport à la direction d'Énergie atomique Canada Limitée (EACL), l'organisme chargé de la gestion du parc de centrales nucléaires au pays.
Il appert que le ministère des Ressources naturelles avait été mis au courant à ce moment des lacunes à la centrale ontarienne par le président d'EACL, Michael Burns.
Ainsi, la centrale a continué d'être exploitée pendant plusieurs mois, comme l'expliquait le quotidien Le Soleil, « en totale contravention avec son permis d'exploitation, qui exigeait des améliorations à la sécurité ».
D'ailleurs, un éditorialiste du quotidien québécois estimait, la semaine dernière, que « la Commission canadienne de sûreté nucléaire avait fait son travail en exigeant que le réacteur, d'abord arrêté pour un entretien de routine, ne soit pas remis en marche avant l'exécution des travaux » et que « s'il fallait trouver un coupable, il faudrait regarder du côté d'Énergie atomique du Canada ».
Michael Burns a démissionné à la mi-décembre, pendant que la crise de Chalk River battait son plein, soit 13 mois après sa nomination. M. Burns est retourné à la tête d'une entreprise britanno-colombienne spécialisée dans l'énergie éolienne. Il est un conservateur connu qui a contribué au financement du Parti conservateur de la Colombie-Britannique et de l'Alliance canadienne.
Le gouvernement conservateur a attribué la crise à l'intransigeance de la commissaire Keen, le ministre Lunn allant même jusqu'à remettre en doute, dans une lettre acrimonieuse, le jugement et les compétences de Linda Keen.
Linda Keen, pour sa part, a estimé que les pressions qu'elle subissait de la part d'Ottawa pour remettre en marche la centrale, malgré la non-conformité de celle-ci, étaient inacceptables et menaçaient la nécessaire indépendance de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.
Linda Keen, devant les menaces à peine voilées de congédiement, avait assuré qu'elle entendait se battre, quitte à porter l'affaire devant les tribunaux.