Dernière journée d'audiences

Bouchard-Taylor

Lors de son témoignage, vendredi matin, à la dernière journée des audiences nationales de la Commission Bouchard-Taylor, à Montréal, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a mis l'accent sur l'image que le Québec projette aux immigrants et sur les façons de mieux les accueillir.

Les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor entendent la chef du Parti québécois, Pauline Marois, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Selon elle, le Québec envoie un message ambigu à ceux qui veulent venir. On les invite à venir dans une région de culture et de langue françaises et ils constatent, en arrivant, que le pays est plutôt multiculturel et bilingue.

Il semble bien pour Mme Marois que cette image, ce message envoyé aux immigrants, doive passer par l'affirmation nationale.

La chef du PQ a indiqué qu'elle aimerait qu'on ajoute une clause à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne qui irait plus loin que ce qu'a proposé la ministre responsable de la Condition féminine, Christine St-Pierre, dans son projet de loi sur l'égalité des sexes.

Il s'agirait d'une clause qui indiquerait aux tribunaux qu'ils doivent tenir compte dans leurs décisions du patrimoine historique et des valeurs fondamentales de la nation québécoise, notamment l'importance d'assurer la prédominance de la langue française, de promouvoir la culture québécoise, de garantir l'égalité entre les hommes et les femmes et de préserver la laïcité des institutions publiques.

Quant aux moyens d'intégration, elle trouve, par exemple, inadmissible d'avoir des listes d'attente pour des cours de français et propose d'inclure dans la Charte des droits et libertés un droit à l'apprentissage de la langue française. Chaque année, 5000 immigrants arrivent au Québec et ne parlent pas français.

Pauline Marois

La question de la reconnaissance des diplômes étrangers la préoccupe aussi beaucoup, et elle propose de faire comme en Ontario, et d'adopter une loi sur l'accessibilité équitable aux professions réglementées.

« Celle-ci aurait comme objectif de faciliter la reconnaissance et la mise à niveau des professionnels immigrants. Cette loi favoriserait, entre autres, la création d'un programme de stage rémunéré d'une durée de six mois, de mécanismes de mentorat et d'internat pour les personnes formées à l'étranger. On pourrait promouvoir un commissaire à l'équité qui serait chargé d'assurer la transparence, la conformité des méthodes d'évaluation », a expliqué la chef péquiste.

« Attaquons-nous une fois pour toutes à ce problème. Mais surtout, réglons-le. » — Pauline Marois

Mme Marois dénonce aussi le manque de ressources, comme le manque de cours d'appoint nécessaires à la reconnaissance d'une formation à l'étranger.

Enfin, Mme Marois a réitéré sa volonté de soumettre les entreprises de 25 à 50 employés aux obligations de la loi 101.

Le maire de Montréal donne son avis

Le maire Gérald Tremblay a brossé un tableau très positif du modèle montréalais de gestion de la diversité. Selon lui, il n'y a pas d'éléments de ghettoïsation, même s'il constate certaines concentrations sur une base ethnoculturelle.

Gérald Tremblay

La situation n'est pas « si pire », dit-il. À preuve, le bureau de l'ombudsman de la ville qui n'a pas été très occupé.

Malgré « des situations complexes et toujours uniques, l'ombudsman n'a jamais eu une demande au niveau de l'accommodement raisonnable, et ça ne veut pas dire qu'on ne fait pas d'accommodements raisonnables. Donc, nous avons réussi à gérer, parce que nous avons un guide sur les accommodements raisonnables », a-t-il dit.

Concernant la politique d'embauche de la ville, l'administration municipale compte maintenant 6 % d'employés qui proviennent des communautés visibles. Le maire affirme poursuivre ses efforts. Il n'a pas du tout abordé la question des tensions interculturelles dans Outremont.

Il a toutefois déploré le manque de ressources, soulignant que sept immigrants sur dix au Québec choisissaient Montréal, et que la ville devait travailler « en amont » pour aider ces gens. Il précise qu'il est clairement établi que Montréal est une ville laïque et française et que ce n'est aucunement un recul d'offrir des services dans d'autres langues. Mais il croit que Québec doit donner davantage de ressources financières.

Le Québec en remise en question

C'est la dernière journée d'audiences de la commission. Le co-président Gérard Bouchard a déclaré au terme de cet exercice que le Québec était en train de se remettre en question comme il ne l'avait jamais fait auparavant.

Il a ajouté que bien qu'il y ait consensus sur certains thèmes, comme la laïcité, les Québécois étaient divisés quant à sa définition.

Les commissaires devront maintenant écrire leur rapport qui sera présenté au gouvernement en mars prochain.