Pour une laïcité ouverte

La commission Bouchard-Taylor a entendu, mercredi, les représentants de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec.

L'Assemblée des évêques catholiques souhaite que la religion conserve une certaine place dans l'espace public. De son côté, l'organisation juive B'Nai Brith plaide en faveur d'un élargissement du concept d'accommodement.

Témoignage des évêques

Les évêques catholiques défendent la nécessité de maintenir une place pour la religion dans l'espace public et plaident en faveur d'une laïcité « ouverte ». « La religion se vit en société, en communauté. Si on la relègue dans la sphère du privé, on favorise le repli sur soi et la montée de l'intégrisme », a fait valoir le président de l'Assemblée, Mgr Martin Veillette.

Les évêques catholiques font la distinction entre État laïque et société laïque, rappelant l'action sociale et communautaire de l'Église pour les plus démunis.« S'il fallait réduire la place de l'Église dans cet espace public, ce serait tragique pour des milliers de personnes [...] que nous aidons à se réhabiliter », a indiqué Mgr Jacques Berthelet, évêque du diocèse Saint-Jean-Longueuil.

L'archevêque de Montréal, Mgr Jean-Claude Turcotte, a affirmé pour sa part n'avoir aucun problème avec le port de signes religieux ostentatoires dans l'espace public. « À part la question du kirpan, qui est un peu embêtant, parce que c'est un signe religieux et une arme, et le voile intégral pour aller voter, les autres signes religieux, le reste, à Montréal, moi je ne le remarque même pas. Je ne pense pas que ça dérange tellement les gens, sauf une petite minorité », a-t-il indiqué.

En revanche, Mgr Turcotte trouve exagérée la position de ceux qui, par exemple, proposent d'enlever la croix du mont Royal. Il s'agit d'un symbole comme il y en a à Paris, à Rome ou en Afrique, a-t-il dit.

Par ailleurs, le commissaire Gérard Bouchard a cherché à savoir ce que l'Assemblée des évêques pensait de la sortie publique de l'archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, reconnaissant les erreurs passées de l'Église catholique.

Le cardinal Turcotte a qualifié son geste de courageux, tout en précisant que Mgr Ouellet n'avait pas consulté l'Assemblée des évêques avant de faire son mea-culpa. En outre, il déplore que les bons coups des congrégations religieuses soient passés sous silence.

L'Assemblée des évêques n'a pas pris position sur le cours d'« Éthique et de culture religieuse » qui sera enseigné dans les écoles primaires et secondaires du Québec à partir de l'automne 2008. Elle devrait se prononcer en mars.

B'Nai Brith: pour un élargissement des accommodements

D'autres groupes religieux ont présenté leur mémoire à la commission Bouchard-Taylor, mais avec des points de vue différents. C'est le cas de la section québécoise de l'organisation juive B'Nai Brith, qui a plaidé en faveur d'un élargissement du concept des accommodements raisonnables afin de favoriser l'intégration des minorités ethniques et religieuses.

Steven Slimovitch Le président du B'Nai Brith, Steven Slimovitch

Le président du B'Nai Brith, Steven Slimovitch, estime que la contrainte excessive doit être la seule limite aux accommodements raisonnables. Par exemple, la dangerosité du kirpan est le seul facteur dont il aurait fallu tenir compte dans le débat.

M. Slimovitch ne voit non plus aucun problème à laisser un juif hassidique choisir le sexe de l'examinateur de la Société de l'assurance automobile du Québec. Selon lui, il s'agit d'un accommodement favorisant l'intégration des hassidims puisqu'ils peuvent ainsi conduire une voiture. Même chose en ce qui concerne le choix du sexe d'un médecin.

Pour le président du B'Nai Brith, les Québécois devraient voir les accommodements comme une façon d'apprendre des autres cultures.

Québec solidaire: les immigrants victimes d'un jeu politique

Le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, a lancé un pavé dans la mare des ordres professionnels qui se défendaient de bloquer l'accès aux professions réglementées aux immigrants. Mardi, le Conseil interprofessionnel du Québec a affirmé que les institutions d'enseignement étaient les principales responsables des problèmes de délai pour l'obtention des permis d'exercice.

Amir Khadir a rappelé que plusieurs millions de dollars en transferts fédéraux avaient été versés dans le fonds consolidé de la province plutôt qu'investis dans la formation d'appoint dont les professionnels immigrants ont besoin pour intégrer le marché du travail.