Les ordres professionnels en question

Lors de sa présentation devant la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodements, le Conseil interprofessionnel du Québec, qui représente 45 ordres et professions, affirme avoir apporté de nombreux correctifs au processus de reconnaissance des compétences des immigrants qui veulent avoir accès à une profession réglementée.

Le Conseil interprofessionnel défend la réputation de certains ordres accusés d'être fermés aux nouveaux arrivants. La Ligue des droits et libertés s'oppose à la préséance de l'égalité entre les sexes sur les autres droits.

Mardi, à Montréal, le Conseil a dû défendre la réputation de certains ordres professionnels, comme le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières, accusés d'être fermés aux nouveaux arrivants en ne reconnaissant pas leur diplôme, même s'ils avaient exercé leur profession plusieurs années dans leur pays d'origine.

Louis Beaulieu Louis Beaulieu

Ce à quoi le président du Conseil interprofessionnel, Louis Beaulieu, est complètement en désaccord.

« Pour moi, il est clair que le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières ne sont pas des délinquants. Ce sont des ordres comme les autres, qui traitent des demandes d'équivalence et qui les reçoivent sur la base de dossiers qui sont présentés par des personnes dans un contexte culturel dans lequel nous évoluons en société au Québec. Ils ont fait beaucoup beaucoup, beaucoup, beaucoup de reconnaissance au cours des dernières années », dit-il.

Selon lui, la situation s'est nettement améliorée depuis les dernières années et cela va même très bien dans certains ordres, comme l'Ordre des ingénieurs du Québec.

Environ 4000 demandes d'équivalence par année sont adressées aux ordres professionnels. Seulement 16 % de ces demandes seraient refusées, selon Louis Beaulieu. Il admet tout de même que les efforts doivent se poursuivre.

Gérard Bouchard et Charles Taylor Gérard Bouchard et Charles Taylor

Le Conseil interprofessionnel montre du doigt les établissements d'enseignement de niveau collégial et universitaire qui ne fournissent pas des services appropriés de formation d'appoint. Or, les deux tiers des demandes de reconnaissance des diplômes qui sont acceptées par les ordres exigent une mise à jour des connaissances.

Et c'est là que le bât blesse. Il faudrait, selon le Conseil, que les cégeps et les universités tentent de s'adapter aux besoins de cette clientèle. Souvent, les nouveaux arrivants n'auraient besoin que de quelques cours pour mettre à niveau leurs connaissances, plutôt que recommencer leur cours au complet.

La Ligue des droits et libertés

De son côté, la Ligue des droits et libertés s'est élevée à son tour, comme le Barreau lundi, contre l'idée de donner à l'égalité entre les hommes et les femmes préséance sur les autres droits. L'organisme estime que le gouvernement du Québec ferait fausse route en introduisant dans la Charte québécoise une clause qui consacrerait la suprématie du droit à l'égalité entre les sexes.

Aux yeux de la Ligue, les droits fondamentaux sont interdépendants et indivisibles. Selon sa porte-parole, Nicole Filion, le gouvernement devrait s'orienter dans une autre voie.

Le gouvernement Charest doit déposer à l'Assemblée nationale des propositions d'amendement à la Charte québécoise des droits et libertés.

Jean-François Lisée persiste

Jean-François Lisée Jean-François Lisée

Jean-François Lisée, ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, a réitéré sa proposition de faire de la connaissance du français une condition essentielle à l'obtention du droit de vote par les nouveaux arrivants.

Le souverainiste a collaboré à la rédaction du projet de loi du Parti québécois sur l'identité et la citoyenneté. Le projet de loi péquiste prévoit obliger les immigrants à avoir une connaissance appropriée du français pour obtenir le droit d'être candidats aux élections provinciales, municipales et scolaires.

Il propose aussi de fusionner les cégeps anglophones et francophones pour en faire un réseau bilingue où la langue française serait prédominante. Cette intégration des établissements de niveau collégial permettrait aux jeunes Québécois, selon lui, d'obtenir leur diplôme d'enseignement collégial avec une connaissance adéquate de l'autre langue.

Le Bloc québécois

Gilles Duceppe Gilles Duceppe

Enfin, le Bloc québécois, représenté par son chef, Gilles Duceppe, a présenté un mémoire en faveur des accommodements, mais des accomodements qui ne soient pas trop permissif. Le Bloc ne croit pas à l'équivalence des cultures qui conduit au multiculturalisme.

Selon le parti indépendantiste, le multiculturalisme menace le français au Québec. Dans le reste du Canada, selon Gilles Duceppe, la situation est différente, puisque c'est l'anglais qui règne partout.



Forum à Montréal

Un 21e forum de citoyens de la commission Bouchard-Taylor a eu lieu, mardi soir, à Montréal. Sur les 240 personnes inscrites, seulement 106 se sont présentées.

Des thèmes divers ont été abordés par les intervenants, comme le sacrifice d'animaux et la nécessité de « recommencer la vie en faisant confiance à Dieu ».

Certaines interventions ont porté sur l'identité québécoise et sa définition, ainsi que la manière d'intégrer les arrivants.