La stratégie d'Ottawa critiquée

Steven Guilbeault Steven Guilbeault (archives)

Des manifestations à l'appel d'associations de défense de l'environnement sont organisées samedi dans plus de 50 villes à travers le monde, dont le Canada, en marge de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Bali en Indonésie, où les négociations portent notamment sur des réductions obligatoires d'émissions de gaz à effet de serre (GES).

Équiterre accuse le Canada de saper les négociations sur les réductions obligatoires d'émissions de gaz à effet de serre par son insistance à imposer des objectifs aux nations moins industrialisées.

Selon une des figures de proue du mouvement environnementaliste canadien, Steven Guilbeault, un document émanant d'Ottawa révèle que les négociateurs canadiens à Bali ont reçu la directive implicite de faire dérailler les négociations de l'ONU, qui entrent dans une phase critique.

Le porte-parole du groupe Équiterre, qui est actuellement à Bali, affirme que les négociateurs canadiens veulent exiger que les pays en voie de développement acceptent les mêmes réductions contraignantes et absolues d'émissions de gaz à effet de serre que les pays industrialisés.

Selon Steven Guilbeault, le Canada souhaiterait également que les autres pays reconnaissent qu'il existe des « circonstances nationales », qui permettraient à Ottawa d'adopter un objectif de réduction encore plus faible pour la deuxième phase d'engagement du protocole.

Steven Guilbeault estime que cette approche viole un principe fondamental du protocole de Kyoto, à savoir que les nations ont des « responsabilités communes, mais différenciées » pour la réduction des émissions.

Il souligne que les émissions par personne du Canada sont environ dix fois supérieures à celles de l'Inde et cinq fois supérieures à celles de la Chine.

Des objectifs contraignants contestés

Conférence de l'ONU sur les changements climatiques à Bali   © PC/AP/Ed Wray

Entre-temps, à Bali, les pays en développement, la Chine en tête, se sont querellés avec les Occidentaux sur les réductions obligatoires d'émissions de gaz à effet de serre.

La Chine, désormais considérée comme un des principaux émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, avec les États-Unis, s'est interrogée sur l'équité de réductions contraignantes à l'heure où ses émissions par habitant équivalent à un sixième des émissions américaines.

Pékin a aussi fait valoir que ses rejets de polluants dans l'atmosphère ne dataient que de quelques décennies tandis que ceux provenant de l'Occident remontaient à des centaines d'années.

Par la voix de leur négociateur en chef, Harlan Watson, les États-Unis ont pour leur part affirmé que la conférence de Bali n'était pas le lieu pour discuter d'objectifs contraignants de réduction d'émissions.

Près de 190 pays participent jusqu'au 14 décembre à la conférence de Bali. Ils devraient convenir de lancer des négociations destinées à aboutir à un nouvel accord international pour succéder au protocole de Kyoto de 1997. On s'attend également à ce qu'ils fixent une date-butoir pour la fin des négociations et s'accordent sur certains sujets.