La politique du tout ou rien

Des représentants de divers groupes religieux sont venus témoigner, mercredi, aux audiences de la commission Bouchard-Taylor sur pratiques d'accommodement qui se tiennent à Montréal.

Des membres de la communauté sikhe disent que Québec doit accepter tous les signes religieux dans les institutions publiques ou les bannir totalement. Un citoyen d'Outremont dénonce de son côté les tensions interculturelles entre des concitoyens et des juifs hassidiques de son arrondissement.

Manjit Singh, de la communauté sikhe de Montréal. Manjit Singh, de la communauté sikhe de Montréal.

La commission a ainsi pu entendre des représentants de la communauté sikhe, placée à l'avant-plan du débat sur les accommodements raisonnables en raison de l'affaire du kirpan à l'école.

Lors de son témoignage, Manjit Singh, a indiqué que toutes les religions devraient être traitées sur un pied d'égalité dans les institutions publiques du Québec. Selon lui, le Québec se trouve devant un choix: soit accepter tous les signes religieux dans ses institutions publiques, soit les bannir complètement.

Si on accepte que le crucifix demeure à l'Assemblée nationale, il devrait être accompagné de signes des autres religions, a donné en exemple M. Singh. La même chose devrait s'appliquer au sapin de Noël dans les institutions publiques, a-t-il ajouté.

La controverse entourant le port du kirpan à l'école a aussi été soulevée. M. Singh a indiqué que toutes les réactions négatives entourant cette histoire étaient dues à une grande incompréhension. Selon lui, si ce cas s'est retrouvé devant les tribunaux, c'est en raison du manque d'écoute de la commission scolaire.

Les immigrants doivent se conformer

Les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor ont par la suite entendu un tout autre son de cloche de la part d'un groupe de chrétiens. Des représentants du Rassemblement des chrétiens du Moyen-Orient ont ainsi invité la majorité québécoise à sauvegarder sa culture et ses traditions chrétiennes dans les institutions publiques malgré la laïcité de l'État.

Les représentants du groupe considèrent que la société québécoise commettrait une erreur en cédant « au chantage » des groupes d'immigrants qui considèrent que le patrimoine catholique est un obstacle à leur intégration.

Selon Raouf Ayas, les immigrants doivent se conformer aux lois et règlements du Québec, même s'ils s'avèrent incompatibles avec leurs valeurs personnelles ou religieuses.

Tensions interculturelles dans Outremont

Pierre Lacerte Pierre Lacerte

Plus tôt, un citoyen d'Outremont a dénoncé les tensions entre des citoyens et la communauté juive hassidique de son arrondissement. Cosigné par 158 concitoyens, le mémoire de Pierre Lacerte fait état de plusieurs infractions commises par des hassidim et de l'intimidation dont certains citoyens sont l'objet.

« Dans notre mémoire, grâce à la loi d'accès à l'information, nous avons pu vous apporter des exemples documentés d'annulation pour des raisons religieuses, de constats d'infraction en matière de stationnement automobile », a soutenu M. Lacerte devant les commissaires.

Le mémoire souligne notamment la présence d'écoles illégales, de synagogues construites dans des quartiers résidentiels, d'autobus interurbains dans des rues résidentielles et de règlements de stationnement non appliqués.

M. Lacerte dénonce les autorités municipales de l'arrondissement et les policiers qui n'osent pas appliquer les règlements de la Ville. Les commissaires Bouchard et Taylor ont qualifié le mémoire de M. Lacerte de très bien documenté et étayé, mais ils lui ont avoué leur incompétence en la matière. Ils lui ont suggéré de convaincre les autorités de faire appliquer leur règlement.

Selon M. Lacerte, le laxisme des autorités contribue à créer une fracture sociale en plus d'inciter les juifs orthodoxes à présenter davantage de demandes d'accommodement. M. Lacerte a indiqué que ses cosignataires ne voulaient pas que l'on divulgue leurs noms par peur de représailles.

« Ne vous risquez pas à dénoncer les abus, plusieurs citoyens l'ont appris à leurs dépens. Tous ces gens ont connu leur lot de représailles sous forme d'intimidation, de harcèlement ou d'acte de vandalisme. À notre connaissance, personne n'a jamais été interpellé à la suite de ces délits. » — Le porte-parole de 158 citoyens d'Outremont, Pierre Lacerte

Il a d'ailleurs présenté une poursuite intentée contre lui par un membre influent de la communauté juive avec lequel il a maille à partir. Michael Rosenberg, un prospère propriétaire, poursuit M. Lacerte pour la somme de 100 000 $ pour des propos jugés racistes. M. Lacerte, qui se défend d'avoir tenu de tels propos, a soumis ses écrits litigieux devant la commission pour que les commissaires puissent juger de leur qualité.