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Commission Bouchard-Taylor
![]() Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot |
À moins d'un mois de la fin de la commission sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, les coprésidents Gérard Bouchard et Charles Taylor ont dressé un premier bilan de ce qu'ils ont entendu jusqu'à maintenant.
D'entrée de jeu, M. Bouchard a dit que son collègue et lui avaient remarqué une très grande ouverture des Québécois des régions envers l'immigration et les immigrants. Il a ajouté avoir observé que les Québécois se montrent très accueillants envers les immigrants et leur culture et qu'ils n'adoptent « pas du tout une attitude d'exclusion ».
M. Bouchard a aussi dénoncé l'image négative de la commission véhiculée par certains commentateurs qui la qualifient de « "freak show" ou de défoulement collectif ». M. Bouchard a rétorqué que la consultation répondait à un « besoin considérable » et que cela aurait été une erreur de ne pas tenir cet exercice.
Le coprésident a d'ailleurs laissé entendre que les médias étaient en quelque sorte responsables de cette image négative de la commission en choisissant de rapporter les témoignages les plus explosifs ou controversés. « Il est certain qu'il y a des interventions qui ont attiré plus l'attention que d'autres », a-t-il déploré en précisant que M. Taylor et lui tiendraient compte des « interventions de cette majorité modérée ».
Il reste donc moins de quatre semaines à la commission mais seulement deux régions à visiter. La semaine prochaine, elle s'arrêtera tout d'abord à Montréal pour ensuite se rendre à Sherbrooke, en Estrie. Elle reviendra ensuite terminer ses consultations à Montréal.
Le casse-tête des accommodements au travail
Au dernier jour des audiences de la Commission Bouchard-Taylor à Laval, il a notamment été question des accommodements raisonnables en milieu de travail.
![]() Pierre Dumais, président du Regroupement des humaines de Laval |
Jeudi, le président du Regroupement des gestionnaires en ressources humaines de Laval, Pierre Dumais, est venu exposer la situation difficile dans laquelle se retrouvent les gestionnaires face aux demandes spécifiques de certains travailleurs. Son regroupement, qui compte une cinquantaine de membres, demande de l'aide.
« Des demandes d'accommodement comme le fait de partir plus tôt du travail, il y en a toujours eu », a relaté Pierre Dumais. Ce qui est nouveau, ce sont les demandes d'accommodement pour motif religieux, a-t-il ajouté. M. Dumais a donné en exemples des travailleurs d'usine qui quittent une chaîne de montage pour aller à la mosquée ou des demandes de mois de congé pour le ramadan, en période de pointe de production.
Selon M. Dumais, des employeurs commencent à craindre d'embaucher des membres de certaines communautés, de peur d'avoir à faire face à des demandes d'accommodement. « Je ne dis pas que c'est la majorité, mais moi, en tant que directeur des ressources humaines dans quelques organisations, on m'a souvent fait savoir de ne pas engager telle communauté, non pas par racisme, c'est surtout pour ne pas avoir de problème avec les accommodements raisonnables, par exemple ne pas avoir de lieux de prière », a raconté M. Dumais.
Il souhaiterait que ceux qui gèrent des ressources humaines puissent bénéficier rapidement de conseils ou d'avis juridiques de la Commission des droits de la personne.
Le voile islamique encore en question
La question du port du voile islamique est encore venue enflammer les échanges entre certains participants de la Commission Bouchard-Taylor. Geneviève Lepage, une Québécoise convertie à l'Islam et qui porte le voile, a répliqué aux propos de Joseph Elbared, un chrétien d'origine libanaise.
Ce dernier, boulanger de son métier, a déclaré que la dame aurait été châtiée si elle avait vécu dans certains pays musulmans si elle avait renié sa religion musulmane pour adopter le christianisme.
Mme Lepage et M. Elbared ont poursuivi leur discussion sur l'Islam et le voile, parfois vive, à l'extérieur de la salle d'audience, mais sous l'oeil des caméras.