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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

National

Mise à jour le mercredi 14 novembre 2007 à 19 h 08
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Saïd Jaziri

Les dessous d'une expulsion

Saïd Jaziri

Saïd Jaziri

L'affaire de l'expulsion en Tunisie de l'ancien imam de Montréal Saïd Jaziri, le mois dernier, ne semble pas close. L'émission Enquête, qui sera diffusée jeudi à la télévision de Radio-Canada, soulève des doutes sur la légalité de ce renvoi.

Les experts consultés et les témoignages de Tunisiens persécutés dans leur pays pour leurs opinions ou leurs croyances remettent en question le retrait du statut de réfugié qui a été pourtant accordé à M. Jaziri il y a près de 10 ans.

Saïd Jaziri, qui vit présentement dans la maison de ses parents en banlieue de Tunis, est convaincu que ce sont ses déclarations controversées sur sa foi musulmane qui lui ont fait perdre son statut de réfugié au Canada.

« Est-ce que j'aurais dû parler ou pas? » s'interroge l'ancien imam de Montréal, avant d'admettre que cela « coûte très cher ». M. Jaziri estime que s'il n'avait pas parlé, il aurait pu obtenir la citoyenneté canadienne.

Officiellement, le gouvernement canadien ne lui reproche pas d'avoir parlé, mais d'avoir menti en cachant qu'il avait été arrêté en France en mars 1994, puis condamné à huit mois de prison à la suite d'une manifestation qui avait mal tourné.

Expulsion illégale?

James Hathaway, un des plus grands experts internationaux en matière de droit d'asile, trouve que ce raisonnement est en contradiction avec la loi. « On ne peut pas retirer [à M. Jaziri] le statut de réfugié et l'envoyer à la persécution parce qu'il a menti », et ce, « en vertu des lois canadiennes ou des lois internationales », précise-t-il.

James Hathaway

James Hathaway

Selon M. Hathaway, le mensonge peut, certes, constituer un motif pour refuser le statut d'immigrant, mais il ne peut être pas utilisé pour retirer le satut de réfugié, à moins qu'il ne porte sur le fondement même de la demande.

En l'expulsant en Tunisie, son pays d'origine, le Canada était convaincu que Saïd Jaziri ne court pas des risques de persécution, dès lors qu'il n'est pas un musulman extrémiste.

Pourtant, quelques jours avant cette expulsion, l'ambassadeur de Tunisie au Canada, Abdessalem Hetira, qualifiait M. Jaziri d'intégriste pratiquant un culte contraire à l'orthodoxie officielle. « L'intégrisme que [Saïd Jaziri] représente ne correspond pas à l'image de mon pays », avait déclaré le diplomate tunisien.

Saïd Jaziri, qui est marié avec une Québécoise, caresse encore le rêve de revenir au Canada dans le cadre d'un regroupement familial. Il affirme toutefois qu'il ne se fait plus d'illusions sur la liberté de religion et d'expression dans ce pays. « Imaginez maintenant, qui va parler? Vous comprenez la leçon qu'on donne? C'est grave. »

L'enquête menée en Tunisie va montrer qu'il y a des précédents à l'affaire Jaziri, qui ne sont pas toujours à l'avantage du gouvernement canadien.

L'émission Enquête est diffusée le jeudi, à 21 h, à la télévision de Radio-Canada


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