Gérard Bouchard et Charles Taylor
Très attendu, le forum des citoyens de la Commission Bouchard-Taylor, qui a eu lieu mardi à Trois-Rivières, a tenu toutes ses promesses.
Profitant d'un forum des citoyens à Trois-Rivières, des résidents de la Mauricie expriment des avis divers sur les accommodements raisonnables. Entre craintes, mises en garde et appels à la raison, les interventions avaient comme toile de fond le code de vie d'Hérouxville.
Premier à intervenir, Jean-Pierre Trépanier, un citoyen de Trois-Rivières, a décrit d'emblée les Québécois comme « frileux », d'autant plus, a-t-il dit, qu'il n'y a eu qu'une seule histoire de kirpan au Québec, qu'il y aurait moins de 12 000 juifs Québec, et seulement 0,7 % de musulmanes dans la province, selon lui. « Pourquoi en faire tout un plat? », s'interroge-t-il, avant de rappeler certaines valeurs importantes à ses yeux, dont la primauté du français, l'égalité entre les hommes et les femmes et la laïcité.
« J'ai honte d'être Québécois, à l'occasion, surtout quand j'entends des bêtises et des inepties venant d'Hérouxville. L'ignorance et la peur amènent la xénophobie, le racisme et les idées d'extrême droite », a-t-il lancé.
Andréa Richard, auteure, s'est dite inquiète de voir les musulmans imposer leur religion et a préconisé des directives pour empêcher cela. Elle soutient que des musulmanes qui portent le voile s'adonnent au prosélytisme et propose d'interdire le voile dans les écoles publiques. Dans 50 ans, les musulmans pourraient imposer leur religion au Québec, selon elle.
Pour sa part, un citoyen d'origine immigrante a remis en question la notion de laïcité qui est, d'après lui et en contradiction avec, par exemple, les appellations à connotation religieuse de certaines écoles et hôpitaux. Il a aussi noté que certaines paroisses au Québec ont failli fermer, n'était-ce la présence d'immigrants. « En quoi ces immigrants menacent-ils l'identité québécoise? », s'est-il demandé.
Laïcité, égalité, Hérouxville
Cet homme a livré un témoignage coloré qui a suscité des réactions dans l'assistance.
Maurice Milot, de Trois-Rivières, a défendu la laïcité de l'État et de ses agents. « Quand je fais affaire avec l'État, à tous les niveaux, je ne veux pas faire affaire avec un sikh, un musulman, un juif, un catholique, etc., mais avec un employé à l'apparence neutre, qui ne me jette pas dans la face ses croyances », a-t-il dit.
Antonin Bérubé a pour sa part voulu savoir si le Québec a encore besoin d'immigrants et si ce recours est le bon remède. Il a proposé de solliciter davantage les personnes âgées afin de combler les besoins en main-d'oeuvre.
Un porte-parole de la CSN de Trois-Rivières a proposé pour sa part une charte québécoise de la laïcité. Lui succédant au microphone, Jacques Désy a énuméré un certain nombre de dérapages, « la dérive du gros bon sens, la dérive médiatique et démagogique, la confusion entre faits divers et accommodements et immigration ». L'intervenant a fait une mise en garde contre la « renaissance d'un certain intégrisme catholique par une utilisation sélective de l'histoire », tout en insistant sur « la dérive d'Hérouxville ».
Nicolas Rivard, de La Tuque, a résumé le débat en dualité entre urbains et ruraux, autrement dit entre Montréal et les régions. Pour lui, il faut vivre ensemble, en mettant en place des règles.
Prenant la parole, un ancien universitaire et immigrant établi au Québec depuis 40 ans a invité les nouveaux arrivants à s'intégrer dans la société d'accueil, mais, a-t-il précisé, encore faut-il que celle-ci « sache quelles sont ses valeurs prioritaires ».
Denise Béland, de Trois-Rivières, s'est dit tolérante et accommodante, mais elle a admis avoir peur de constater une ferveur religieuse chez les immigrants, qui, selon elle, « ne savent pas le chemin parcouru » par le Québec.
Pour sa part, Jacques Lamothe a fustigé le multiculturalisme canadien auquel il faudrait opposer, dit-il, un modèle québécois. Catégorique, un autre intervenant a plaidé pour la tolérance zéro et reproché aux immigrants de se tenir entre eux et de ne pas chercher à s'intégrer .
Un jeune citoyen s'est fait applaudir pour sa position contre la religion, qu'il a comparée à une « chaise roulante de l'esprit ». La religion, estime-t-il, ne doit en aucun cas justifier des changements aux règlements.
Défendant l'égalité entre les hommes et les femmes, une intervenante a cru déceler des signes d'intégrisme chez certains musulmans. Elle en veut pour preuves les passages retrouvés dans des livres que des musulmanes ont offert à des citoyens d'Hérouxville pour faire connaître leur religion. Ces extraits s'opposent, selon elle, à l'égalité entre hommes et femmes.
Un autre citoyen de Shawinigan a renchéri en se demandant pourquoi le Québec n'a jamais eu de problèmes avec les Polonais, les Grecs, les Italiens, etc. qu'il a accueillis, mais peine à accommoder les musulmans.
Par ailleurs, une mère a exprimé ses craintes pour ses enfants, qui ne peuvent pas fréquenter d'autres garçons à l'école « à cause de la religion ». Elle regrette que les Québécois, qui ont réussi à faire sortir la religion de l'école, la voient revenir avec l'immigration.
L'accommodement, selon André Drouin
André Drouin
Très attendue, l'intervention d'André Drouin, conseiller municipal et instigateur du controversé code de vie d'Hérouxville, est survenue en fin de soirée. Il a surtout plaidé pour que ce soit l'Église, ou Dieu, qui accommode ses fidèles qui doivent travailler le dimanche, par exemple, et non des immigrants qui demandent des accommodements religieux à leur employeur ou à la société.