Stéphane Gendron
Au deuxième jour des audiences publiques tenues à Longueuil, mercredi, la commission Bouchard-Taylor a eu droit à la visite surprise d'un des personnages les plus controversés du Québec. Le coloré maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, est en effet venu plaider en faveur de la laïcité de l'administration publique.
Le controversé maire de Huntingdon fait une apparition surprise pour plaider en faveur de la laïcité de l'administration publique. Un peu plus tôt, des citoyens critiquent le rôle des médias dans la controverse sur les accommodements raisonnables.
Selon M. Gendron, tous les employés de l'État, sauf les élus, ne devraient pas avoir le droit de porter quelque signe religieux que ce soit. Il fait exception des élus car il ne les considère pas comme des employés de l'État.
Il a également dénoncé les gens portant un turban ou un voile et qui refusent un emploi où le port de l'uniforme est obligatoire ou encore veulent le faire modifier. Il a immédiatement ajouté ne pas avoir de problème avec l'immigration et que, selon lui, plusieurs cas anecdotiques d'accommodements raisonnables ont été « montés en épingle ».
M. Gendron, qui anime aussi une émission sur la radio satellite, a aussi dit que le crucifix n'avait pas sa place à l'Assemblée nationale, mais plutôt dans un musée. Il en a aussi profité pour tourner au ridicule le fait que des conseils municipaux commencent leur séance avec une prière. Il s'est par la suite dit fier de « violer la loi 101 » en tenant des délibérations en anglais lors des séances de son conseil municipal.
Finalement, le maire de Huntingdon a attribué toute la controverse sur les accommodements raisonnables au manque de leadership des dirigeants.
Les médias au banc des accusés
Plus tôt dans la journée de mercredi, des citoyens de la Rive-Sud ont déploré la médiatisation exagérée de certains accommodements.
Ferid Chiki, un citoyen d'origine algérienne
Un professionnel en gestion et en administration, Ferid Chiki, s'est réjoui que les Québécois critiquent le port du voile au nom de l'égalité entre les hommes et les femmes. L'homme d'origine algérienne estime toutefois que les médias ont exagéré l'importance de ce « chiffon ».
M. Chiki a recommandé à la commission d'interdire le port du voile et les pratiques religieuses dans les espaces publics. Il a également recommandé de vérifier les enseignements dispensés dans les langues des religions pour connaître les contenus idéologiques qui y sont véhiculés.
Plusieurs citoyens musulmans ont témoigné de leur attachement pour les valeurs québécoises. Ils sont en accord avec l'égalité homme-femme et généralement avec la laïcité de l'espace public. Certains déplorent toutefois la perception des Québécois à leur égard. Ils soutiennent que les Québécois les perçoivent dans l'ensemble, à tort, comme des individus très pratiquants et fermés.
Intégrés, mais discriminés
La majorité des immigrants qui ont témoigné, mercredi, ont précisé être bien intégrés. Ils ont toutefois quelques griefs à l'endroit des Québécois et de l'intégration des immigrants. Une avocate a déploré le refus de 200 bureaux d'avocats relativement aux demandes de stage qu'elle avait déposées. Quant à M. Chiki, il n'a jamais trouvé d'emploi dans son champ de compétence malgré une vaste expérience.
Devant le succès de la commission, les coprésidents Bouchard et Taylor ont décidé d'ajouter une semaine d'activités à Montréal, soit du 10 au 14 décembre prochain. Cette prolongation sera réservée aux organismes nationaux comme les partis politiques et les centrales syndicales.