La Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables est à Longueuil, en Montérégie, mardi et mercredi.
Des personnes issues de l'immigration disent s'être très bien adaptées au Québec. Plus tôt, des adventistes du septième jour ont raconté avoir négocié à l'amiable certains accommodements religieux.
Une participante au forum des citoyens qui s'est tenu à Longueuil.
Le forum des citoyens, qui s'est tenu mardi soir, a été très couru avec 175 inscriptions et les coprésidents ont eu la chance d'entendre le point de vue de nombreuses personnes issues de l'immigration.
Selon les dernières statistiques, plus de 45 000 immigrants vivent en effet à Longueuil, soit quelque 12 % de la population.
La très grande majorité des immigrants qui ont pris la parole mardi soir ont dit s'être très bien adaptés au Québec.
Un homme issu de l'immigration a ainsi déclaré se sentir Québécois « à 300% ». Une musulmane a quant à elle repris la chanson de Raymond Lévesque, disant « quand les hommes vivront d'amour, il n'y aura plus de misère ».
D'autres ont lancé un appel au bon jugement des Québécois et leur ont rappelé l'importante d'accepter la pluralité.
« Notre défi, c'est de voir cette femme avec son foulard, ce juif avec sa barbe, ce sikh avec son turban tous parler français et participer au développement social et économique du Québec », a dit une participante issue de l'immigration.
Comme partout ailleurs où s'est arrêtée la commission jusqu'à maintenant, les Québécois francophones qui ont pris le micro ont quant à eux dit être ouverts à l'immigration tout en se disant méfiants face aux accommodements religieux.
Faire ou ne pas faire des accommodements
Un représentant de l'Église des adventistes du 7e jour
Plus tôt dans la journée, des représentants de la Fédération du Québec des Églises adventistes du septième jour ont témoigné en faveur d'accommodements religieux négociés à l'amiable avec leurs employeurs, malgré la laïcité de l'État.
La religion interdit aux adventistes de travailler le samedi et de faire partie d'un syndicat. L'homosexualité est également jugée contre nature. Des coreligionnaires ont déjà obtenu des accommodements pour éviter de travailler le samedi en échange d'une journée de travail le dimanche. Des étudiants ont également été accommodés pour des examens devant avoir lieu un samedi.
Un autre participant, Joël Coppieters, en voie de revenir au ministère de l'Église presbytérienne, a exprimé son inquiétude quant à une éventuelle interdiction des gestes et signes religieux dans l'espace public. Il n'a toutefois rapporté aucune mauvaise expérience lorsqu'il s'est rendu dans des hôpitaux pour prier pour des patients.
Le Mouvement laïque reste ferme
De son côté, le président du Mouvement laïque québécois, Henri Laberge, a déclaré qu'il s'opposait à toute dérogation aux normes sociales acceptées accordée par une institution publique pour motif religieux, c'est-à-dire la définition de l'accommodement raisonnable que donnent les tribunaux.
Selon M. Laberge, tout agent public de l'État devrait être neutre en matière de religion, et la Charte canadienne des droits et libertés devrait être révisée pour assurer son caractère laïque. L'État, selon le président du Mouvement laïque, devrait mettre fin aux subventions accordées aux cultes, par exemple des exemptions fiscales.
Problème d'information
Alain Pronkin, chercheur au Centre d'information sur les nouvelles religions, a affirmé qu'il recevait de plus en plus de demandes d'information. De petits employeurs l'interrogent par exemple sur le port d'un anneau dans le nez pour une raison religieuse par une personne travaillant dans la restauration.
M. Pronkin a estimé que tout le problème, symbolisé par le code de vie pour immigrants de la municipalité d'Hérouxville, venait du fait que les citoyens avaient l'impression de ne pas avoir le contrôle. Il a précisé que seulement 3 % des 84 % de Québécois se disant catholiques pratiquaient régulièrement leur religion. Selon M. Pronkin, seulement 14 000 des 100 000 musulmans résidant au Québec sont pratiquants, tandis que cette proportion est de 2500 sur 10 000 chez les sikhs.
De plus en plus de participants
Les travaux de la Commission s'intensifient à l'approche des grands centres urbains où le nombre de mémoires, le nombre de participants, la dimension des salles d'audience et le nombre de journées augmentent.
La population de la Montérégie a produit un nombre record de 40 mémoires pour la première journée d'audiences de Longueuil. Mercredi, 26 témoignages seront entendus.