Hérouxville refait surface

Commission Bouchard-Taylor à Joliette

La Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles est à Joliette mercredi, où elle entend des mémoires et des témoignages d'organismes, de groupes et de citoyens.

Le code de conduite adopté par cette petite municipalité rurale est présenté comme un exemple à suivre en matière d'accommodements avec les immigrants par la Table des aînés de la région de Lanaudière.

Encore une fois, des gens sont venus dire que les pratiques religieuses doivent rester dans la vie privée. Le président de la Table des aînés de Lanaudière, Michel Haguette, a notamment plaidé « qu'un immigrant qui arrive au Québec doit s'intégrer et ne pas chercher à reproduire la structure de la culture de son pays ».

« Les Québécois, a-t-il dit, auraient intérêt à dire et écrire qui ils sont. Et les immigrants pourraient alors faire leur choix en fonction de ce qui est proclamé dans ce document », a déclaré M. Haguette, qui a présenté le fameux code de vie d'Hérouxville comme un bon exemple.

La présidente de la Société nationale des Québécois de Lanaudière, Louise Plante, s'est aussi, à sa façon, portée à la défense du code de conduite d'Hérouxville. Cette initiative a beaucoup été dénigrée, dit-elle, mais l'intention des élus municipaux était louable, selon elle, et visait à établir des balises en matière d'accommodement. Mme Plante affirme aussi déceler dans la population une peur de la montée de toutes les formes d'intégrisme.

Un enseignant d'origine italienne, Joseph Morelli, est venu quant à lui rappeler à la commission que Joliette est une circonscription qui est passée aux mains de l'Action démocratique du Québec (ADQ) lors des dernières élections provinciales. Très critique à l'endroit de l'ADQ dans son mémoire, M. Morelli a tout de même tenu, dans une certaine mesure, à remercier le chef du parti, Mario Dumont, pour la création de cette commission.

Un autre intervenant, un père de famille de 37 ans, Alain Chouinard, a demandé qu'on ne fasse pas d'accommodement pour les groupes religieux dans les institutions publiques. Il a cité quelques exemples: pas de changement de menus dans les cafétérias, pas de voile islamique à l'école, pas de séparation de garçons et filles dans les piscines publiques.

Le Comité régional d'éducation au développement international de Lanaudière (CREDIL) a exposé un point de vue quelque peu différent. Selon ses porte-parole Natasha Normand et Michel Surprenant, la population ne connaît pas suffisamment les avantages de l'immigration, tant au niveau économique que démographique et social. Ils ont dit souhaiter qu'une campagne d'information sur le sujet soit mise sur pied.

« L'immigration est essentielle pour notre survie. Avec un taux de fécondité de 1,4 ou 1,5, en 2080, on serait moins de 3 millions de Québécois », a déploré M. Surprenant.

Témoignage inhabituel

La commission a pu aussi entendre mercredi un immigrant juif orthodoxe sépharade, qui est venu expliquer toutes ses démarches pour s'intégrer à la communauté québécoise. Shalom-Charles Delmar, originaire du Maroc mais établi à Boisbriand, a témoigné de son expérience de nouvel arrivant durant les années 1960 au Québec.

Shalom-Charles Delmar Shalom-Charles Delmar

A l'époque, a-t-il expliqué, il n'y avait aucune institution pour aider les immigrants, qui arrivaient souvent les mains vides. Ses diplômes n'étaient pas reconnus, il a donc dû recommencer ses études. Il a ensuite indiqué qu'il avait réussi à se trouver un emploi d'enseignant grâce à un « accommodement raisonnable. » Le Séminaire de Joliette a ainsi accepté de l'engager tout en tenant compte des contraintes que lui impose sa religion.

Shalom-Charles Delmar a dit être venu témoigner devant la commission pour faire contrepoids aux attaques dont les juifs ont été la cible depuis le début des audiences, en particulier en début de semaine à Saint-Jérôme.

« Je crois qu'en tant qu'êtres humains, nous devons nous accepter les uns les autres tel que nous sommes, avec les qualités et les défauts que nous avons. C'est seulement ainsi que nous pouvons apprendre les uns des autres et nous enrichir intellectuellement et culturellement. »

Qu'est-ce que le code HérouxvilleEn janvier 2007, André Drouin, un des conseillers de la municipalité d'Hérouxville située près de Grand-Mère, en Mauricie, a rédigé un code de conduite de cinq pages destiné aux immigrants, qui définit les comportements que la municipalité juge acceptables. Dans une première version, il était dit qu'étant donné que les hommes et les femmes ont la même valeur, la lapidation des femmes ou l'excision sont interdites. Le code affirme aussi que la municipalité de 1300 habitants interdit le port du kirpan à l'école, et ne permet pas l'aménagement de locaux de prière. Hérouxville impose comme norme de se montrer à visage découvert en tout temps dans les lieux publics (à l'exception de la fête d'Halloween). Une version de ce document, sans les détails controversés, se trouve maintenant sur le site Internet de la municipalité et est intitulée « Normes de vie ».