Deuxième journée en Outaouais

Gérard Bouchard, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodements au Québec Gérard Bouchard, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodements au Québec

Les audiences publiques de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodements au Québec se sont poursuivies pour une deuxième journée à Gatineau.

Des professionnels universitaires sont venus dire à Gatineau que l'immigration est une source d'enrichissement collectif, mais qu'il faut baliser les accommodements pour éviter l'arbitraire. La Commission se transporte maintenant à Rouyn-Noranda.

Une quarantaine de témoignages et de mémoires ont été présentés, mardi matin, dont un cosigné par 13 professionnels universitaires.

Ces derniers considèrent l'immigration comme une richesse pour le Québec, mais réclament des règles concernant les accommodements afin d'éviter les décisions arbitraires. « Nous croyons qu'il faut adopter des règles générales pour éviter la multiplication des exceptions, le cas par cas et l'arbitraire », a plaidé la porte-parole du groupe, Yohanna Loucheur.

Le groupe estime que lors d'une demande d'accommodement, la portée idéologique doit être mieux analysée. « Si les valeurs véhiculées par les demandes contredisent celles que désire se donner le Québec, alors ces demandes devraient être refusées », a déclaré Mme Loucheur.

Les 12 professionnels universitaires ont réaffirmé le principe de la mixité dans l'espace public et mis en garde contre certains accommodements qui visent à soustraire les femmes du regard des hommes. « Les hommes et les femmes doivent s'attendre à se côtoyer et c'est dans la mixité que l'égalité prend son sens. Les demandes qui visent à soustraire les femmes du contact des hommes nous apparaissent donc comme autant de négations implicites de l'égalité auxquelles nous ne pouvons en aucun cas souscrire », a indiqué Mme Loucheur.

Le maire de Gatineau, Marc Bureau, également présent aux audiences, a tenu à dire que sa ville était un modèle d'intégration grâce, entre autres, à diverses activités qui ont comme objectif de rapprocher les différentes nationalités établies dans la région.

Le professeur de sociologie Yao Assogba, de l'Université du Québec en Outaouais, a déploré le fait que certains groupes soient plus médiatisés que d'autres. Par exemple, il soutient que les demandes des protestants sont plus nombreuses que celles faites par les musulmans, mais qu'on parle davantage de ces derniers. « Les demandes des musulmans et des juifs sont moindres, mais ce sont ces demandes-là qu'on médiatise », a dénoncé M. Assogba.

Mise au point

Dès le début des audiences, la Commission a dû justifier certaines décisions, notamment concernant la question des études commandées à des experts qui serviront au rapport final qui sera remis au gouvernement du Québec en avril.

Ces études ne seront rendues publiques qu'à la fin des travaux. De plus, la Commission refuse d'identifier les chercheurs à qui elle fait appel afin de les garder à l'abri de la pression médiatique.

Le statisticien Charles Castonguay, de l'Université d'Ottawa, était présent pour se plaindre du manque de transparence de la Commission. Il considère que les recherches peuvent comporter des erreurs qui ne pourront être corrigées, dit-il, comme ça s'est déjà produit à la Commission Larose sur l'avenir du français.

« Les études ne sont pas rendues publiques parce que certaines sont encore partielles et d'autres méritent d'être complétées et validées. Il y a certaines données, présentement, qui revêtent un caractère assez politique. Nous évitons donc de les rendre publiques au stade actuel », a tenu à expliquer Gérard Bouchard, coprésident de la Commission.

Une étude sur le profil démographique du Québec et une autre sur les indicateurs d'intégration ont déjà été commandées.

La commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables se transporte maintenant à Rouyn-Noranda, où elle poursuivra ses audiences publiques au cours des deux prochains jours.