Après l'Outaouais, l'Abitibi

Gérard Bouchard

La commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables s'est déplacée en Abitibi-Témiscamingue, mercredi.

Une centaine de personnes se déplacent à Rouyn-Noranda pour participer au forum citoyen. La religion et l'adaptation des immigrants au Québec figuraient au centre des discussions.

Une centaine de personnes ont pris part au forum citoyen organisé par la commission à Rouyn-Noranda.

La religion, l'adaptation des immigrants à la société québécoise et les conditions de vie des autochtones étaient parmi les thèmes abordés lors de cette rencontre.

Au fil des interventions, il est clairement apparu que les intervenants tiennent au caractère laïque des institutions publiques.

Des citoyens qui ont connu la Révolution tranquille dans les années 60 étaient présents pour partager leur crainte de voir revenir la religion dans la sphère publique avec les accommodements religieux. « Le gouvernement Charest se cache derrière une commission, plutôt que d'avoir mis ses culottes quand c'était le temps et il laisse gérer par les tribunaux les accommodements qui sont déraisonnables. On s'est libérés du carcan religieux dans lequel on était avant la Révolution tranquille et aujourd'hui, la pression d'autres religions s'amène », a dénoncé le citoyen Réjean Godbout.

Selon la majorité des Abitibiens présents, la religion est du domaine privé et ne doit pas être pratiquée en milieu scolaire et au travail.

Des immigrants habitant en Abitibi-Témiscamingue, comme Antoine Ishac, d'origine libanaise, qui vit au Québec depuis 22 ans, croit que c'est aux immigrants qui viennent s'établir au Québec de s'adapter et non aux Québécois. « Les lois de la religion, il faut qu'elles se plient devant les lois laïques. Comme immigrant, quand je suis arrivé ici, j'ai compris que c'était à moi de m'adapter à la vie québécoise et c'est à moi de devenir un Québécois », a-t-il dit.

Au total, l'Abitibi-Témiscamingue compte quelque 1600 immigrants, si on ne tient pas compte de ceux qui sont ici depuis la colonisation des années 1920 et 1930.

Même son de cloche du côté de Zahida Mera, originaire d'Algérie, qui a immigré au Québec pour la tolérance et l'égalité entre les hommes et les femmes. « Il ne faut pas que tous les acquis du Québec disparaissent parce que moi j'ai une vision religieuse qui dit que les hommes et les femmes ne se mélangent pas. Si moi je viens chez vous, je m'adapte », a expliqué Mme Mera.

Des membres de la communauté algonquine ont également participé aux discussions pour parler de leurs conditions de vie difficiles. Ils ont également souligné le fait qu'ils constituent une minorité qui ne se sent pas intégrée à la société québécoise. Le député péquiste Alexis Wawanoloath, lui-même autochtone, était d'ailleurs présent au forum.

Journée d'audiences publiques

Les membres de la commission seront également à Rouyn-Noranda jeudi, mais cette journée sera consacrée à des audiences publiques. Trois mémoires seront présentés.

Seule l'Université du Québec (UQAT) présentera un mémoire parmi les organismes qui travaillent avec les immigrants. « Ici, on fait beaucoup plus ce qu'on appelle des ajustements concertés. C'est finalement des accommodements qui relèvent de la sphère citoyenne et non pas de la sphère juridique. On a des demandes qui nous sont faites et on les regarde, on les analyse et il peut arriver qu'on fasse un certain nombre d'ajustements. Je vous dirais que la population a un accueil très intéressant face à la culture du groupe ou de l'individu qui choisit de venir s'établir ici », indique la rectrice de l'UQAT, Johanne Jean.

La commission Taylor-Bouchard sur les accommodements raisonnables se rendra à Sept-Îles et au Saguenay la semaine prochaine.