
Des ressources convoitées
La critique de Maude Barlow, tant sur l'eau que sur l'énergie, n'est pas le fruit de pures spéculations. Le Conseil des Canadiens avait récemment mis la main sur des documents portant sur une série de réunions à huis clos, tenues à Calgary fin avril, auxquelles participaient des représentants du gouvernement et d'entreprises des trois pays participant au PSP.
Or, lors d'une des réunions de ce qui se fait appeler le « North American Future 2025 projet », l'exportation de l'eau a fait l'objet de débats. On parla alors de « solutions créatives au-delà des ententes actuelles concernant les eaux limitrophes [... en vue d'une ] utilisation optimale conjointe des eaux disponibles ».
Les propos contenus dans le document que Mme Barlow remettra au comité sont jugés assez alarmants pour que l'opposition coalisée adopte aux Communes le 5 juin suivant, par 134 voix contre un bloc conservateur de 108 voix, une motion bloquiste exigeant que l'eau soit exclue de l'ALENA.
![]() Photo: Presse Canadienne |
L'inquiétude quant à la sécurité énergétique du pays et aux menaces environnementales que le PSP ferait peser sur le Canada trouve par ailleurs de quoi s'alimenter dans une enquête de Zone libre.
En janvier 2007, Radio-Canada a fait état de discussions ayant eu lieu entre patrons de pétrolières américaines et exploitants de sables bitumineux albertains durant les derniers jours du gouvernement de Paul Martin.
Cette rencontre, qui s'est déroulée à Houston en janvier 2006, était parrainée par Ressources naturelles Canada et le département américain de l'Énergie.
Selon des documents obtenus de source américaine par Zone libre, on y aurait parlé de « multiplier par cinq la production des sables bitumineux sur une période relativement courte ». Or, soulignait l'enquête, cette ambition d'accélérer la production se retrouvera par la suite dans les discours prononcés tant par Stephen Harper que par certains de ses ministres, dont Guy Lunn et Jim Flaherty.
Les documents suggéraient aussi d'augmenter la capacité de raffinage du brut albertain, de construire de nouveaux oléoducs et de simplifier le processus d'approbation environnementale pour les oléoducs et les projets énergétiques. L'impact réel de ces discussions sur l'action gouvernementale est cependant impossible à évaluer.
Dans une mise au point faite peu après la diffusion du reportage par le directeur général de l'information française de la SRC, Alain Saulnier rappelle que, durant les six mois précédant la diffusion, l'équipe de Zone libre avait en vain tenté d'obtenir des entrevues de ministres conservateurs pour vérifier la version gouvernementale des faits.
L'aura de mystère entourant l'état réel des discussions liées au PSP a ainsi permis l'apparition de multiples scénarios que nourrissent, à tort ou à raison, ces révélations imprévues.
L'appel du chef du PLC Stéphane Dion à plus de transparence, à quelques jours du sommet de Montebello, n'a d'ailleurs pas d'autre objectif que de s'assurer que les débats ne soient plus fondés sur des fuites et des ouï-dire. Comme le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe le jour précédent, il exige en conséquence du gouvernement conservateur que tout ce qui concerne le PSP soit dorénavant amené devant le Parlement et ses comités.
La méfiance traverse d'ailleurs les frontières. En juin dernier, les élus de la Chambre des représentants au Congrès américain ont adopté un amendement interdisant l'utilisation de fonds fédéraux par le ministère des Transports pour sa participation aux groupes de travail du PSP tant que le Congrès n'aura pas fait sa propre évaluation du partenariat.