
Des détracteurs déterminés
Le 1er mai 2007, Maude Barlow, présidente du Conseil des Canadiens, un influent groupe de réflexion de gauche au pays, prenait la parole devant le Comité permanent du Commerce international, présidé par le conservateur Leon Benoit.
![]() Photo: La Presse Canadienne /Patrick Doyle Maude Barlow |
Le comité en était à la quatrième de cinq journées d'audiences qui ont été consacrées au PSP entre le 24 avril et le 10 mai, une première au pays, dont le Nouveau Parti démocrate (NPD) revendique le crédit.
Maude Barlow, qui prend la parole après deux représentants de l'industrie, appelle alors ni plus ni moins à la cessation de toutes discussions sur le PSP, tant entre gouvernements qu'au sein de l'administration publique, jusqu'à ce qu'aient eu lieu des consultations publiques et des débats au Parlement.
Elle exige en outre l'accès aux procès-verbaux des groupes de travail et la dissolution du CNAC.
Cette figure incontournable de la gauche canadienne déplore non seulement le huis clos des discussions, mais le rôle accordé aux entreprises par l'intermédiaire du CNAC et l'omniprésence de leurs intérêts dans ces mêmes discussions.
Plus spécifiquement, elle accuse les entreprises intéressées par le PSP de discuter de l'exportation en vrac de l'eau et estime que le partenariat s'inscrit dans une stratégie qui, à l'heure des exportations massives de pétrole canadien, met à mal la sécurité énergétique du pays et rend de facto impossible le respect de l'accord de Kyoto.
« Le partenariat pour la sécurité et la prospérité ne vise pas, comme le revendiquent ses partisans, à éliminer la tyrannie des petites différences entre les trois pays de l'ALENA. Il vise plutôt littéralement, à notre avis, à éliminer la capacité du Canada à déterminer des normes indépendantes en matière de réglementation, de protection environnementale, de sécurité énergétique et de politique étrangère, militaire, d'immigration et autres. »
En quelques mots, Mme Barlow craint que l'harmonisation prônée ne revienne à s'ajuster aux desiderata des États-Unis et des milieux d'affaires
Son exposé suscitera l'intérêt des représentants tant du NPD que du Bloc québécois, notamment sur les questions de l'eau.
Ces deux partis ne font d'ailleurs pas un mystère de leur désaveu du partenariat. Le député néo-démocrate Peter Julian, qui siège au comité, y déposera une motion cet automne pour que le PSP soit suspendu par les Communes jusqu'à la tenue de débats publics.
Maude Barlow ne sera pas le seul représentant de la société civile à imputer des motifs non avoués aux tenants du PSP lors des réunions du comité et à craindre qu'il n'entraîne les Canadiens dans un jeu qu'ils ne contrôleraient pas.
Les propos, le 10 mai suivant, du Dr Gordon Laxter, du Parkland Institute de l'Alberta, sont à cet égard particulièrement cinglants. Il reproche au gouvernement d'ouvrir des discussions avec les Américains sans s'être assuré que le Canada a pris en compte sa propre sécurité énergétique. Bref, sans prévoir de mécanisme pour assurer que l'intérêt des Canadiens sera considéré avant celui des voisins du sud.
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Extrait de la réunion du 10 mai
Dr Gordon Laxer: Je parle de la sécurité de l'approvisionnement énergétique pour les Canadiens. Si on parle de sécurité, je crois donc que le sujet est pertinent. |
Mais ce jour-là, coup de théâtre, à la surprise des députés de l'opposition présents, le président du comité, Leon Benoit, déclare le sujet non pertinent. Puis, aussitôt cette décision annulée par un vote unanime des bloquistes, des néo-démocrates et des libéraux, il lève la séance à leur plus grande stupéfaction.
On peut noter au passage l'incongruité de voir la sécurité énergétique faire l'objet de débats le 1er mai, puis être considérée comme non pertinente le 10 mai suivant.
Le débat continuera néanmoins, sous la direction du vice-président libéral Lui Temelkovski.